lundi 20 avril 2015

Où le Tenancier voit rouge

« — Dites donc, Tenancier, vous n’aimez pas Frémion, vous…
— Frémion ? A vrai dire, je m’en fous. Il a essayé de m’enfumer il y a une trentaine d’années, c’est vrai… mais c’était il y a une trentaine d’années, justement ! Et il n'a pas réussi, en plus. Donc, non, ça va de ce côté-là.
— Ben pourtant, j’ai vu votre mot au-dessous de l’article qu’il avait rédigé sur Bécassine.
— Ah, vous avez vu ? Et la coquille, aussi ?
— Oui, aussi.
— C’est comme ça, j’étais énervé. Tant pis.
— Mais pourquoi ? C’est plutôt innocent, Bécassine ?
— Oh mais pas tant que ça. J’ai recherché ici, ici et en quoi le personnage représente une vision pas très recommandable… et nous avons tout à coup un « critique » de BD qui semble considérer cette série comme un météore, un objet libéré de toute contingence, un produit chimiquement pur ! Comment peut-on passer sous silence le contexte social et politique de la création de Bécassine ? Par des contorsions assez risibles, Frémion essaye même de nous faire passer ce  personnage pour une féministe, voire une « révolutionnaire » qui tiendrait tête à ses employeurs. L’image de la paysanne finaude comme subversion face à la bourgeoisie ne tient ni à l’épreuve de la lecture des ouvrages ni à la réalité décrite par Corbin et Lebesque, que je citais de mon côté. C’est drôle, mais ce genre de postulat recèle souvent de bizarres connotations.
— C'est-à-dire ?
— Eh bien, on est plus très loin, avec ce bon sens paysan de « La terre ne ment pas » dans le raisonnement tenu par Frémion.
— Vous exagérez, Tenancier !
— Qu’est-ce que je dois comprendre de cet article qui vante une compilation des histoires de Bécassine, dans un contexte actuel où l’on fait la part belle aux « valeurs » réactionnaires, de la part d’un type qui a passé vingt ans de carrière politique à tenter de nous vendre des idées ( ???) de gôche ? Tout à coup, l’univers de la BD serait débarrassé de ces contingences idéologiques, déréalisé, neutre ? A quelles fins ? Ou alors serait-ce que le rédacteur de l’article ne sait plus où il habite ?
— Ce ne serait pas le premier, remarquez.
— Qu’il s’en arrange ! Je ne m’en moquerais si, récemment, je ne m’étais pas préoccupé du même sujet. C’est ça, le malheur, quand on gratte un peu — et je puis vous dire que je suis loin d’être un spécialiste de quoi que ce soit ! — on constate à quel point on peut confondre média et culture, communication et journalisme, critique et publireportage. C’est une question de honte. Lorsqu'on a eu une « carrière politique », c’est un sentiment qui semble devenir très relatif… J’ai d’autres exemples d'ailleurs, vus d’assez près.
— Vous, vous n’aimez vraiment pas Frémion, hein !
— Je ne vais pas m’en excuser. J’ai connu brièvement le type et je tombe encore sur euh… ses écrits. Ce qui est un peu pathétique, dans ce cas, c’est que le passage du col Mao au Rotary…
— … oui, j’ai vu dans votre commentaire…
— … ressemble plus à une promotion de chef magasinier, toute révérence faite aux magasiniers qui ne méritent pas qu’on les mêle à ça.
— Un petit apéro, Tenancier ?
— C’est un petit peu tôt pour le Tenancier, dites-moi. En revanche, vous n’auriez pas un peu de thé ?
— Si.
— Avec du rhum dedans, me suis chopé un coup de froid, moi… et puis laissez la bouteille, hein ! »

4 commentaires:

  1. Qu'est-ce que notre cher Tenancier continue à être beau lorsqu'il est en colère !

    (et qu'est-ce que je suis d'accord avec lui...)

    Otto Naumme

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  2. Vous aussi, mon très cher Otto, vous avez eu un coup de froid ?

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    1. Un coup de froid ? Non, pourquoi ?

      Otto Naumme

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    2. Pour le p'tit coup de rhum. mais c'est un peu tôt, en effet.

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