mercredi 2 septembre 2015

Faire des livres autrement ?

On sait que nombre de progrès ont été accomplis face à un obstacle, la contrainte ou des difficultés diverses. La pression environnementale est l’un des facteurs les plus prégnants qui nous assaille. Pour parer à l’énorme consommation de bois de l’industrie papetière, un studio de design graphique suédois préconise de confectionner nos livres différemment, à ce titre on préconise :
— de supprimer toute page inutile (gardes, faux titres, etc.)
— de commencer les chapitres tout de suite après le précédent et donc de na pas faire de saut de page
— de procéder de la même façon avec les paragraphes mais en les séparant seulement par un carré noir symbolisant le retour à la ligne (ce signe existe en informatique : alt + 254 = ■)
— de condenser les signes de ponctuation : points de suspension verticaux, guillemet et ponctuation l’un au dessus de l’autre, etc.
Il n’est pas ici question de vitupérer une piste qui pourrait, au-delà de son extrémisme poser quelques interrogations intéressantes sur la composition des livres. On émettra toutefois quelques doutes sur la pertinence de cette démarche à l’heure actuelle, où les grands groupes de communications lâchent peu à peu le papier pour des supports à obsolescence rapide (et ici ce n’est pas un effet de mode que le dire : une saloperie électronique dure moins qu’un livre dans les mêmes conditions). Cela étant établi, la question mérite d’être posée et va sans doute déclencher une tempête dans le Landernau pas si calme des typographes. Si j'hésiterais à ouvrir un livre qui ne comporte aucune respiration (le blanc fait aussi partie de la composition !), il serait en revanche assez tentant d’expérimenter certaines propositions, comme celles qui concernent la ponctuation.
On se doute bien que le lancement d’un ouvrage avec les impératifs cités plus haut ferait un bide assez éloquent, la lecture correspondant à un certains nombres de réflexes conditionnés autant qu’au sens esthétique de ceux qui les composent. Considérons cette proposition comme une curiosité et une stimulation…


 
(Du bonheur du spectateur : c’est en suivant une liste de typo que votre Tenancier a pris connaissance de cette proposition autour de la collection Penguin. On la trouve exposée ici, l’image reproduite en provient également)

10 commentaires:

  1. Encore trop d'espace perdu. Outre les aménagements proposés, il serait sans doute judicieux de :
    1° réduire les marges, encore vertigineusement vides
    2° supprimer la numérotation des pages, parfaitement inutile – puisque, de toute manière, on ne se rappelle jamais à quel endroit du livre on a interrompu sa lecture
    3° signaler simplement le changement de chapitre par un double carré noir dans le corps du texte, en parfaite cohérence avec le signe typographique indiquant les paragraphes.

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  2. Eh bonjour, Monsieur N, heureux de vous retrouver ici.
    Je sens comme une pointe d'irritation ?
    Vous avez oublié aussi le changement de corps et d'approche !
    N'empêche, depuis que j'évoque hors de ce blog cette proposition, cela a donné lieu à des discussions amusantes...

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  3. Ni irritation ni amertume. Simple pragmatisme, par souci d'économie et de rentabilité. Ne pas oublier le recyclage. Je préconiserais le rouleau de papier toilettes vierge, avec marges réduites, sans mode d'emploi. A charge pour chaque utilisateur de déféquer sa prose avec les signes typographiques de son choix et de la réingurgiter après lecture. L'autosuffisance, c'est dans l'air du temps, non ?

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  4. Vous voyez bien que vous êtes grognon !

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  5. C'est Mallarmé qui serait content, avec son Coup de dés, ou Apollinaire avec ses Calligrammes !

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  6. Mais, au fait, pourquoi écrire ?


    Otto Naumme

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    1. Remarquez, cher Otto, que lorsque vous voyez certaines conneries publiées, ça rendrait service de gagner sur la quantité de papier, non ? Tenez, le dernier Angot, ça fera vingt pages de moins avec la méthode des Suédois, plus haut. Je dis pas qu'on aurait moins à la supporter sur la distance mais je dis que ça ferait moins de stères. Et le ratio stère/ineptie pourrait alors devenir l'étalon éditorial, un peu comme le crédit carbone.
      Je prends un exemple : soit un ouvrage autofictif qui fait état de la vergeture à sa mémère à la p.27 suivi recta d'une descente d'organes trois chapitres plus loin... paf : vous appliquez la méthode. Et si ça insiste, dans l'ordre on réduit les marges et le corps. Comme c'est con, c'est plus facile à lire, on fait un livre de troisième zone pour de la "littérature" de troisième classe et tout le monde s'y retrouve !

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    2. Ou comment le Vergé tue mémère en se souciant du débit rectum vidant le corps de sa substantifique marge, tout ça au nom du ratio «s'taire-ineptie».


      ArD

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  7. Ah ben ça alors ! ArD... Ça faisait un bail que je n'avais as entendu parler de vous. Décidément il y a des apparitions et des retours spectaculaires sur ce blog !

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  8. On pourrait éditer tout André du Bouchet dans un petit livre de poche !

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