mercredi 10 août 2016

De source sûre

Le moins qu’on puisse dire, c’est que vous n’avez pas été très brillants à deviner qui avait prononcé ses dernières paroles, lors d’un récent billet.
Puisque j’ai été surpris par Grégory dans le pillage d’une source que je ne voulais pas nommer dans les premiers temps (histoire de ne pas vous faciliter le travail), je serais bien empêché maintenant d’en celer plus à propos de cet ouvrage. Auparavant, il faut se rendre compte de l’état d’isolement dans lequel je me trouve, et l’état d’ennui manifeste qui m’anime quand j’ose mettre le nez dehors. Certains ont recours au caboulot, moi je passe la porte du bouquiniste du coin (et pas trop le libraire, qui me coûterait un peu trop de sesterces pour ma boulimie) sans idée préconçue, cela va de soi. C’est ainsi que je suis tombé sur l’ouvrage qui m’a servi pour ce jeu un peu mortifère, je le conçois. Il s’agit des Miscellanées de Mr. Schott, ouvrage anglais dans son essence et dont l’adaptation est assez fidèle pour la mise en page et l’édition « hard cover ». C’est un livre qui ne sert à rien et qui s’avère indispensable si vous ne songez pas à le lire méthodiquement. D’ailleurs, il n’y a aucun ordre dans la succession des rubriques, ce qui est un peu le propre des miscellanées. Ainsi, l’on passe des Axiomes & postulats d’Euclide (« Les grandeurs égales à une même grandeur sont égales entre elles. ») au Code irlandais du Duel (1777 — « Le seconds doivent tenter une conciliation avant la rencontre, ou bien après un échange de feu ou de coups jugé suffisant. »), à un bref glossaire en yiddish en passant par Quelques Canadiens célèbres (aucun intérêt pour moi, je n’en citerai donc pas). Bien sûr vous trouverez également ce qui a fait la matière de notre P.P.C. : la rubrique intitulée Ultima verba. Outre que ce petit ouvrage fait perdre du temps, la somme des connaissances qui y sont enfermées ne rendront même pas service en cas de naufrage ou de fin du monde (au cas où vous seriez un survivant, le mort est peu lecteur). Mais doit-il forcément avoir une utilité ? Rien n’est moins sûr. Je vois toutefois deux cas de figure pour l'infirmer, plutôt ludiques, en dehors de la possibilité de vous poser des colles :
1. Convenir avec un proche avant de se rendre à une soirée entre amis d’introduire dans la conversation un de sujets du livre, pris au hasard. On doit s’assurer que le sujet devra tenir un temps déterminé — un quart d’heure, une demi heure, voire plus — sans que bien évidemment personne d’autre ne soit au courant de la manœuvre. Le gagnant gagne le resto, le perdant le paye — ou devient esclave sexuel, éventuellement. Vous êtes adultes, vous saurez déterminé cela auparavant.
Le deuxième postulat est plus coton et demande du temps et de la motivation :
2. Prenez trois sujets, toujours au hasard et rédigez une histoire où devront rentrer de façon crédible chacune des rubriques qui vous sont attribuées. Fixez une longueur et un temps donné. Pour le coup, vous serez obligé de disserter dans une fiction convaincante de sujets divers tels Les Clubs londoniens, Les appels du maître d’équipage et Les pays membres de l’OTAN. « Facile », me diriez-vous, il suffit d’écrire une aventure inédite de James Bond qui commence dans un de ces clubs, continue dans un sous-marins (n’oublions pas que James a le grade de Commander) et s’achève au siège de l’OTAN. Je répondrais : « Bien joué, Petit Scarabée, alors que dirais-tu des Pierres de naissance, des Scores à la canasta et de L’échelle de coma de Glasgow ? Tu fais moins le malin… Tu as quinze jours, ce qui montre ma mansuétude. C’est marrant : quinze jours et quinze mille signes au minimum. Au boulot. »
Et ne vous laissez pas avoir par les sentiments. Ces écrivains, ils sont tous pareils.
Bon, maintenant, il faut vous procurer le livre. J’ignore s’il est encore disponible, cette édition-là date de 2006 et, au fond, je m’en fous. J’ai mon exemplaire. C’est ce qui compte. 


Jaquette sale mais intérieur très frais, comme une princesse en haillons, mais avec un intérêt sexuel moindre, toutefois 
(c'est comme cela que nous préférons les princesses, nous autres, sinon.)

6 commentaires:

  1. Ah, effectivement, l'ouvrage semble fort intéressant. J'adore ce genre "j'y fous tout", cela donne souvent de très bons résultats...
    Quant aux sujets pour une histoire, il y a clairement de quoi donner quelques migraines... Il faudrait déjà savoir ce que sont "l'échelle de coma de Glasgow" ou les "Pierres de naissance", de quoi il retourne...

    Pour le reste, ma curiosité étant ce qu'elle est, quel est l'éditeur de cet ouvrage ? Il ne figure apparemment pas sur la jaquette...
    (vous n'oublierez pas de l'apporter à votre prochaine visite, cher Tenancier ?)

    Otto Naumme

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  2. Ah Otto, je ne suis plus libraire et toute conscience professionnelle s'est évaporée. Débrouillez-vous, mon cher, d'autant que je vous sais un dégourdi.

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  3. Le comble, c'est que notre Tenancier a jadis envoyé sur les roses le traducteur de ce succès maousse des éditions Allia, décliné par la suite en version culinaire...

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  4. "Le comble", dites-vous, George ? S'il s'agit de la personne dont je me rappelle vaguement, elle avait cassé la baraque dans le commentaire d'un billet, réduisant à néant un petit travail bibliographique en préparation, qui n'était pas de mon cru, d'ailleurs... Alors, oui j'assume le fait de l'avoir envoyée sur les roses. Vous confondez "comble" et à peine un souvenir : une anecdote. Votre propos a cependant des relents accusateurs puisque vous semblez mettre en balance le talent d'icelui pour tout autre chose et mon courroux dans une histoire ancienne alors que vous auriez pu inférer sa sotte maladresse et ma réponse justifiée.
    George, je vous ai connu plus subtil, et plus juste, surtout.

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  5. Ah George, vous savez donc que ces miscellanées existent version culinaires ! Je l'ai appris à notre Tenancier l'autre h=jour. Attendons qu'il mette la main dessus.
    Le Tenancier envie donc sur les roses ?

    ArD

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  6. Justement, faut pas venir brenner sur les parterres du Tenancier. Il garde le choix de ses engrais.

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