samedi 6 décembre 2014

De l’écriture manuscrite, considérée dans sa possible disparition

Faire sa fête à l’écriture manuscrite : l’idée provient sans doute d’un consortium d’hyper cerveaux du côté de quelque Silicon Valley. Il s’agit de substituer à l’apprentissage, par enfants et adolescents, du geste graphique, le glorieux et rapide « traitement de texte » que permet la technologie. Pratique obscurantiste et démodée que l’écriture manuscrite ? Avatar médiéval ? Luxe aristocratique ? Nous y sommes. S’agirait-il de la mettre hors la loi, comme c’est le cas désormais dans une partie des états américains ? et comme c’est en débat dans certains états d’Europe du Nord ? L‘école ne serait plus un lieu où la pensée se construit à la main, dans le sillon des lignes. Adieu plumes et stylos, crayons et feutres. Au revoir la page intimidante, les brouillons griffonnés, les incipit emblasonnés, les calligraphies tâtonnantes où la lettre prend corps. Exit enfin,la musicalité du cahier, cet ensemble relié de variations sur le thème de l’apprentissage personnel.. Autant d’accessoires à ranger au cabinet des antiques , avec étiquette datée, pour tout cet attirail devenu historique, obscur témoin de l’écriture et de la différence. C’est d’ailleurs cette « différance », avec ses ratures et ses marges, qu’il s’agit de traiter comme une approximation, ou une tare. Mais s’est-on suffisamment enquis de ce que pourrait bien signifier une enfance sans trace écrite, et, dans nos sociétés, une entrée dans la vie dénuée de cettealchimie lettriste qui ouvre la porte des signes ?
Alors oui, surveillons nos plumes et nos (belles) lettres ! Quelles que soient par ailleurs nos pratiques sociales et culturelles, applaudissons l’écriture manuscrite, canevas premier d’une toile ultérieur. Retrouvons parfois l’émotion du « vide papier que sa blancheur défend »… Mesurons aussi l’ampleur des risques à l’aune de la « haine de l’écriture », et de ses conséquences historiques.

Jean-François Cassat

5 commentaires:

  1. D'autant plus que toutes les têtes pensantes de la Silicon ont leur progéniture dans des écoles sans écran, où l'on enseigne la calligraphie, par exemple.
    Mesurons, oui....
    Béatrice

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  2. Ah mais, chère Béatrice, vous savez bien que dans cette grande mission culturelle que toutes ces "têtes pensantes" se sont otto-assignées, le principe de base est "faites ce que je dis, pas ce que je fais"...

    Otto Naumme

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    1. Hélas....
      (et coucou Otto! quelle joie!)
      Béatrice

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  3. Du reste, cette idée de la transmission de l'écrit est souvent associée à des notions patrimoniales qui ne sont jamais attribuées aux classes modestes mais deviennent en revanche l'apanage des "élites". Opération un peu vaine, du reste, puisque coupée la plupart de ses racines. Comment enseigner la calligraphie dans une société qui envisage "la fin de l'Histoire", bref, comment intégrer le patrimoine dans le vaste complot de l'idiotie internationale ? Sans problème, dirais-je : le patrimoine est autant une farce, mais qui rassure ces imbéciles.

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  4. Si l'icône valait quoi que ce fût, nul n'aurait inventé le traitement de texte — qui d'ailleurs mélange la traite des noirs et la traite des blanches (je dis ça, je m'en sers à l'instant même).

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