mercredi 17 juin 2026

Achèvement provisoire

Votre Tenancier, il y a à peine une heure, vient d’achever la deuxième version d’un roman qui, s’il est publié un jour sera le quatrième qu’il aura mené à bout. Il ne possède pas de roman retoqué ou avorté dans ses tiroirs et croyez bien qu’il mesure sa chance à ce propos. Ici, cette deuxième mouture est anormale. Voyez comme il procède : le premier jet consiste à raconter une histoire au clavier, le deuxième à l’écrire à la main et le troisième à tout recopier au propre de nouveau sur un traitement de texte. Or, pour ce cas, le deuxième n’est pas manuscrit, pour une raison simple, on s’est complètement planté sur le temps à utiliser pour ce récit. Dans la perspective d’une révision, impossible de changer le verbe concerné, il faut tout reconsidérer dans son ensemble et reformuler les phrases. On aura donc au bout du compte quatre versions dont la dernière ne sera pas non plus définitive, mais qui s’approchera un peu plus de ce que l’on espère. Il faudra ensuite en passer par les révisions et les relectures.
Le roman est court, du calibre dont on a l’habitude. Après avoir établi un plan sommaire qui ne sera de toute façon pas respecté, on s’embarque chaque fois pour des séances de deux mois de rédaction, multipliées par autant de réécritures. Dans ce cas, on escompte une durée totale de huit mois avec des journées de quatre heures de travail, espacé par des périodes de « jachère », utiles pour réfléchir sur ce qui a été effectué. En somme, nous ne nous trouvons pas éloignés d’une année pleine pour la conception de ce roman, considérant que la bévue initiale a coûté du temps, mais s’est révélée aussi source d’enseignements (sinon à quoi sert-il de faire des erreurs ?)
Ce roman-là appartient au cycle du Fleuve et il s’en éloigne également par la volonté de ne pas retomber dans le même style de récit lié à cet univers. Est-ce une erreur ? L’entreprise, dès le départ, a été conçue comme une rupture. On s’en voudrait d’écrire toujours la même chose, même si le soupçon reste qu’en effet, on se répète un peu en espérant que ce soit seulement en mode mineur…
Arrivent sous peu les périodes de canicule et l’arrêt forcé des machines dans le bureau, qui se transforme en un lieu difficilement tenable. Bientôt, l’écriture deviendra un Voyage d’hiver, de gré ou de force.

lundi 15 juin 2026

Une historiette de Béatrice

« Hi hi hi, tu as vu ? C'est gratuit ? Des livres offerts ? Attends, tu vas voir hi hi hi » Et la pintade qui s'en va avec LE PANIER.
Pas très loin, elle a été.
C'est une grande journée.

dimanche 14 juin 2026

C'que c'est beau, l'amour !

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !
Alphonse Allais : Complainte amoureuse

jeudi 11 juin 2026

Brimborions et coquecigrues

Et zou, annonçons la parution du petit dernier de chez Letort. Onze nouvelles (courtes, il est vrai) pour 2€ à commander (avec d'autres petits bouquins, ne soyez pas radins) sur le site de Deleatur !

mercredi 10 juin 2026

Oui, bon...

Allons, allons ! Votre Tenancier n’était pas aux fraises, mais a été pris par quelques activités qui ont cessé de devenir  annexes à un moment donné. C’est comme ça, c’est la vie, on est faible et on se laisse entraîner. Il va revenir aux affaires, quitte à ce qu’elles demeurent sporadiques.

mercredi 22 avril 2026

Une historiette de Béatrice

— Tiens, poésie en basque ça se dit olerti ?
— Oui madame.
— Tiens, le mot existe donc en basque !
(affichage bilingue dans la boutique)

mardi 21 avril 2026

Il est temps de renvoyer des manuscrits !

Vincent Bolloré assure que « Grasset continuera » avec « de nouveaux auteurs » pour remplacer les départs.
(La presse, avril 2026)

La revanche des ratés
Au début de l’occupation une foule de ratés surgit, qui se précipita vers les bottes de l’occupant afin de les lécher. Pour rédiger, des leaders vengeurs sur la « judéo-maçonnerie », on vit sortir de leur retraite des hommes oubliés depuis vingt ans, tels que Jean Drault — auteur du Soldat Chapuzot au environ de 1896 — Lucien Penjean ou le feuilletoniste Jean de La Hire. Le plus obscur rédacteur de la feuille antisémite confidentielle d’avant-guerre s’empara d’un fauteuil directorial.
Aujourd’hui nous voyons déferler deux nouvelles vagues de ratés. Les uns déclarent : « J’étais à la barricade de la Montagne-Saint-Geneviève, placez mon papier en première page ! » Les autres : « Il faut que je me rattrape, car je n’ai collaboré à aucun journal pendant l’occupation, moi ! »
Pour certains de ces derniers, ce n’est pas faute d’avoir tiré des pieds de biche ni mariné dans les antichambres. Ils se font un titre de gloire d’une abstention parfaitement involontaire.
(Mai 1945)
Jean Galtier-Boissière : Mon journal depuis la libération (1945), p.261.

(Didier, habitué de ce blogue, me signale l'obscurité de la deuxième phrase « Pour rédiger, des leaders vengeurs [...] » et me suggère « Pour rédiger des libelles vengeurs... » ce qui semble plus cohérent, bien que, après vérification, il n'y avait pas d'erreur à la recopie de ce passage...)

lundi 20 avril 2026

Ma vie est un décrochage régional de Fr3

Un gimmick me fait sourire, à propos de reportages sur un écrivain ou un quelconque pondeur de rapport : on le filme tout le temps à lire son bouquin, comme s’il était en train de le découvrir au quotidien avec une voix off « Nous avons trouvé Jean-François Tartempion chez lui, pour nous parler de son dernier livre ». Vous imaginez, vous, un type qui a écrit un texte pendant des mois, qui s’est emmerdé à trouver le mot juste, l’expression ad hoc se pencher de nouveau dans son bouquin, comme s’il était tout seul, avec l’air concentré ? Qui peut croire que c’est crédible ? En tout cas, ça n’effleure pas les journalistes de la téloche qui nous servent à chaque fois la même image et qui tentent de convaincre le pauvre écrivain de paraître focalisé sur un truc qu’il connaît jusqu’à l’écœurement...

dimanche 19 avril 2026

Une historiette de Béatrice

Il regarde les livres offerts du panier à l’extérieur, tanguant mais debout, une bouteille de whisky à la main. « Vous auriez quelque chose à me conseiller, j’aime bien les trucs qui cultivent, je ne peux pas choisir, vous voyez ».
Je vois bien, mon gars.

jeudi 16 avril 2026

Une annonce du Tenancier

Je tiens à signaler que je n’ai pas quitté Grasset.
Parce que je n’y suis pas rentré.
Parce que je n’ai même pas essayé.
Parce que j’en ai rien à foutre de ces bourges.
(Il est vrai aussi que mon avis n'a aucune importance.)