jeudi 23 juillet 2026

Peut-être que ça ressemble à de la sauce tomate...

Où en est le Tenancier dans ses petits projets d’écriture? Eh bien pas très loin, si l’on se place dans l’optique de l’avancement des travaux. La troisième mouture d’un roman — processus d'élaboration normal, de nombreux passages devenant nécessaires avant quelque chose de présentable — est en sommeil après son premier chapitre dans un bloc de papier A4, quadrillé 5x5 de marque Oxford, 160 pages (on utilise aussi un stylo-bille à gros diamètre doté d’une recharge grande capacité Parker, encre noire, pointe fine). Nul ne sait s’il sera lu par quiconque, d’ailleurs, dans le cas où on l’achèverait. Bien sûr, la canicule est impliquée dans cet arrêt des travaux, ainsi que d’autres embarras. Admettons le roman achevé, remanié, tapé au propre sur une mise en page lisible et exempt de coquilles (on peut toujours rêver). Que faire ensuite? Attaquer un nouveau texte sous forme de nouvelle ou de roman, pas forcément autour du Fleuve? Pas tout de suite. Votre Tenancier chéri se prépare à un exercice pervers auquel il s’est déjà prêté par le passé. L’achèvement, du manuscrit en cours — ce qui reste une annonce sous toutes réserves — coïncidera avec la parution du troisième recueil du Fleuve vers le mois d’octobre. Pour l’occasion, il va s’adonner à la relecture de toutes les histoires dans l’ordre chronologique qu’il leur a attribué. Si ce qui relie ces récits semble assez lâche, la nécessité de se remettre en mémoire certaines caractéristiques permet de ne pas se contredire de façon trop flagrante, même si, après tout, de petites erreurs accentuent parfois la sincérité d’une histoire. L’exercice devient curieux à la longue. On a le sentiment que tout cela a été rédigé par un autre ou un double de soi, accroissant ainsi le syndrome de l’imposteur et parfois, au contraire, l’étonnement sur ce que l’on a pu produire. Mais quel auteur se relit? Sans doute, celui qui œuvre dans le cycle d’une longue élaboration, autour d’un univers où d’ailleurs, ledit univers ne constitue pas l’essentiel des récits — autant s’adonner alors à la cartographie, ce qui semble une aporie pour tout ce qui concerne le Fleuve, on y reviendra un d’ces jours… Cette partie de l’écriture s’inscrit donc dans une projection au sujet d’un monde ouvert et surtout dans une temporalité qui ne connaît pas l’échéance d’une parution, mais plutôt des potentialités annoncées par cette relecture. En effet, la révision se révèle comme une préparation pour les travaux futurs. Au mois de juillet de l’année dernière, on avait cuisiné dix-sept litres de sauce tomate avec les courses du marché. Le tout avait été réparti en barquettes de 50 cl dans le congélateur maison. On en a joui toute l’année. On s’apprête à récidiver cette année. Peut-être faut-il considérer le Fleuve comme une sorte de sauce tomate avec une préparation et une remembrance de la recette de base. Il faut y retourner pour maintenir la qualité. Ou peut-être que le Tenancier cherche à se rassurer. Allez savoir…

La chronologie du Fleuve se trouve ici.

mercredi 22 juillet 2026

Une historiette de Béatrice

« Vous avez une étrange façon de classer vos livres, ce ne serait pas plus simple de tout mettre par ordre alphabétique ? »
Il m’avait demandé du Péguy, et je venais de me déplacer du coin poésie, au coin prose, en passant par le coin correspondances.

lundi 20 juillet 2026

Où il est question de fleuve, d'écriture et de doute.

« Vous écrivez et vous écrivez et personne, personne au monde ne comprendra ni ce que vous voulez dire ni ce que vous avez donné d’effort, de sang, de sueur. Et à la fin vous direz : c’est comme si j’avais ramé toute ma vie dans un bateau, sur un fleuve immense, dans un brouillard impénétrable… Et vous ramerez et vous ramerez et jamais, jamais vous ne verrez un poteau sur les rives invisibles pour vous dire si vous montez le fleuve ou si le courant vous entraîne… Et vous connaîtrez la disette ; les nuits froides, faute de couvertures ; les viandes amères et le sommeil hanté de regrets. Et vous ne trouverez jamais, jamais pendant toute votre vie, une âme pour vous dire si vous êtes le plus grand génie du monde… ni non plus si vous êtes le dernier, le plus infect descendant de Ponson du Terrail… »
Joseph Conrad à Ford Madox Ford, cité par Claudine Lesage in : Joseph Conrad et le Continent (2003)

samedi 4 juillet 2026

Tacatactacatacatac


in : Elle court, elle court la banlieue (1970) ici avec la délicieuse Marthe Keller
(et aussi Ginette Leclerc)

mercredi 1 juillet 2026

Un dissident du bon goût

On s'empresse de vous communiquer l’existence d’un entretien avec Pierre Laurendeau, écrivain montagnard et pornographe, éditeur et directeur de collection, contempteur des libraires lecteurs de Télérama, ce en quoi, de ce côté-ci du clavier, on lui donne entièrement raison ! Accessoirement, il a publié quelques ouvrages de votre serviteur.

Pierre Laurendeau : « J’accueille les dissidents du bon goût » Propos recueillis par Céline Maltère
Site Littératures & Cetera

mardi 30 juin 2026

Les prodigieuses victoires de la dialectique

Le Tenancier est veule. En adoptant ce titre pour un de ses textes, il a espéré égaler le tirage de 600 000 exemplaires atteint par Pierre Daco avec ses Prodigieuses victoires de la psychologie (Aux éditions Marabout, s'il vous plait !) Y arrivera-t-on ? Nous comptons sur ce numéro 14 de Lard-Frit pour répandre ce texte riche en émotions et en connaissances indispensables pour tout utilisateur du Mauser C96.

samedi 27 juin 2026

Une historiette de Béatrice

Non madame, tous les livres ne sont pas des armes d’instruction massive, nous sommes bien d’accord. C’est une façon de parler.
Et oui, celui-ci coûte bien 6 euros (elle vient aussi de s’étrangler en disant « Queu-OOOOOOi ? sizeuros? »)

samedi 20 juin 2026

Fermeture provisoire, ou Comment tout cramer avant de cramer soi-même

Le Tenancier observe une pause de quelques jours. La raison ne tient pas à des obligations liées à l’écriture, situation dont on vous a averti qu’elle se répéterait de temps à autre. La cause se révèle indépendante de sa volonté, à savoir la chaleur intense qui va régner dans son bureau au cours des prochains jours. Le Tenancier en profite pour souhaiter aux climato-sceptiques et aux cyniques qui ont aidé à nous foutre dans cette situation d’aller s’enduire leur couenne d’huile à pizza et d’aller carboniser à poil sur un parking de supermarché.
Oui, c’est vrai, le châtiment est longuet, mais il possède quelques aspects sadiques qui nous contentent. Hydratons-nous et veillons sur les plus faibles. On se retrouve plus tard, afin de griller le cul à qui de droit et mettre un terme à ce monde-là.

vendredi 19 juin 2026

Le bon temps

Nos lecteurs ont du talent, surtout lorsqu’il s’agit d’un ami. Celui-ci, à la lecture du billet sur l’achèvement provisoire (voir pas très loin du présent message), me demandait à part : « Tu t’es aperçu à quel moment que tu avais utilisé le mauvais temps ? » À cela, je réponds d’abord : « Bien trop tard », puisqu’il m’a fallu ensuite réécrire le roman en entier. Je m’en suis rendu compte à la fin de la première version. Un sentiment diffus que l’on se traînait dans ce récit où, il faut bien l’avouer, je démontre encore une fois que je ne suis pas auteur épique. Donc, l’utilisation du passé ne convenait pas, là où dans d’autres histoires l’usage de ce temps ne posait aucun problème. J’ai fait état de mon incertitude auprès de ma compagne qui, je le signale, est la spécialiste mondiale d’Yves Letort, en lui lisant quelques passages, ce que je ne fais jamais à ce niveau d’avancement (plutôt avec la version définitive). Le verdict est tombé : la narration se révélait trop lente, peu dynamique, etc. La suggestion de tout transférer au présent de l’indicatif provient d’elle. La réécriture du premier chapitre m’a convaincu. Je sais bien que certains auteurs de ma connaissance doutent du recours au « gueuloir »… Dans le cas présent, il a tout de même permis d’identifier le vice de forme. Ajoutons encore que cette réécriture s’est révélée plus pénible que si j’avais opté pour le bon temps dès le départ. Sans que cela paraisse évident au premier abord, toute la vision du récit, la description de menus faits, l’action des personnages s’en trouvent conditionnés. Bien entendu, exposant cela, on ne craint pas d’enfoncer des portes ouvertes. Mais en matière d’écriture, on tient à garder quelques naïvetés de manière à se préserver de l’autosatisfaction.

mercredi 17 juin 2026

Achèvement provisoire

Votre Tenancier, il y a à peine une heure, vient d’achever la deuxième version d’un roman qui, s’il est publié un jour sera le quatrième qu’il aura mené à bout. Il ne possède pas de roman retoqué ou avorté dans ses tiroirs et croyez bien qu’il mesure sa chance à ce propos. Ici, cette deuxième mouture est anormale. Voyez comme il procède : le premier jet consiste à raconter une histoire au clavier, le deuxième à l’écrire à la main et le troisième à tout recopier au propre de nouveau sur un traitement de texte. Or, pour ce cas, le deuxième n’est pas manuscrit, pour une raison simple, on s’est complètement planté sur le temps à utiliser pour ce récit. Dans la perspective d’une révision, impossible de changer le verbe concerné, il faut tout reconsidérer dans son ensemble et reformuler les phrases. On aura donc au bout du compte quatre versions dont la dernière ne sera pas non plus définitive, mais qui s’approchera un peu plus de ce que l’on espère. Il faudra ensuite en passer par les révisions et les relectures.
Le roman est court, du calibre dont on a l’habitude. Après avoir établi un plan sommaire qui ne sera de toute façon pas respecté, on s’embarque chaque fois pour des séances de deux mois de rédaction, multipliées par autant de réécritures. Dans ce cas, on escompte une durée totale de huit mois avec des journées de quatre heures de travail, espacé par des périodes de « jachère », utiles pour réfléchir sur ce qui a été effectué. En somme, nous ne nous trouvons pas éloignés d’une année pleine pour la conception de ce roman, considérant que la bévue initiale a coûté du temps, mais s’est révélée aussi source d’enseignements (sinon à quoi sert-il de faire des erreurs ?)
Ce roman-là appartient au cycle du Fleuve et il s’en éloigne également par la volonté de ne pas retomber dans le même style de récit lié à cet univers. Est-ce une erreur ? L’entreprise, dès le départ, a été conçue comme une rupture. On s’en voudrait d’écrire toujours la même chose, même si le soupçon reste qu’en effet, on se répète un peu en espérant que ce soit seulement en mode mineur…
Arrivent sous peu les périodes de canicule et l’arrêt forcé des machines dans le bureau, qui se transforme en un lieu difficilement tenable. Bientôt, l’écriture deviendra un Voyage d’hiver, de gré ou de force.