vendredi 10 avril 2026

Où le Tenancier a tout de même de la chance avec ses éditeurs. Le dernier en date est très bien, si si...

L’une des distractions goûtées par un auteur réside à contempler un microcosme depuis sa table à un salon du livre. Je participais il y a peu en compagnie de l’éditeur de mon dernier ouvrage (Voyage d’un renégat, à Terres du Couchant) à une signature dans une de ces manifestations, au sein d’une salle de sport avec ses habituels traçages au sol, ses panneaux de basket et l’affichage de la marque qui se mettait à déconner de façon stridente par intermittence. Ainsi, je me trouvais tout de même en pays de connaissance puisque des personnes de mon coin se situaient juste en face et un peu plus loin dans la même allée que moi. De même, le plaisir partagé avec les deux auteurs et de notre éditeur à notre propre table valait la peine de s’être déplacé. Comme je suis peu habitué à ses manifestations, ayant un tempérament grégaire, pas de permis de conduire et habitant à dache, je n’avais pas pris en compte un phénomène qui semble récurrent : l’auteur en puissance qui cherche un éditeur. Le premier arrive sur le stand, ne regarde même pas les livres — enfin si : l’alignement des couvertures — ne calcule pas les personnes derrière la table quand il ne semble pas les considérer comme des salauds de concurrents, converse avec l’éditeur, lequel expose une affabilité à toute épreuve et nous quitte avec l’air de trouver que notre bite à un goût — pardon pour la crudité de l’expression, mais l’impression restait vive. Le second auteur, une auteure en l’occurrence, cherchait à faire publier « une expérience de vie » non sans se plaindre de l’édition en général, du moins de ce que j’ai saisi à la volée. Évidemment, l’éditeur ne publie pas ce genre d’absurdité… Tout de même, je me suis mis à estimer cet homme qui doit faire preuve de longanimité face à des personnes qui semblent penser que les éditeurs relèvent du service public. En plus, ses sandwichs n’étaient pas mauvais. Alors, songez-y, un éditeur qui nourrit ses auteurs et d’une humeur égale, vous ne croyez tout de même pas qu’on va le partager, hein ? Vous voulez que je vous dise, même ?
Eh ben, c’est même pas du fayotage, je l’aime bien, ce gars-là.


jeudi 9 avril 2026

Les divertissements d'un auteur

Certains parmi les lecteurs d’ici, savent que votre Tenancier fabrique de temps à autre quelques brochures. Après les avoir mentionnés en partie sur son site d’auteur, il a décidé de confectionner un petit machin à part qu’il alimentera quand cela lui chantera, presque au hasard (mais une fois cités en tête de liste, les titres retrouveront l’ordre chronologique d’édition). On dénombre presque une quarantaine de ces opuscules, produits par le Tenancier depuis 2003. Il reste donc du travail à accomplir pour compléter ce catalogue, ce à quoi nous nous appliquerons à la paresseuse…
En attendant, vous pouvez (re)découvrir les premières entrées ici.

jeudi 5 mars 2026

Voyage d'un renégat


Votre Tenancier chéri continue son année avec un court roman, après une nouvelle et la publication d’une anthologie sous sa direction. Allez donc voir sur le site de l’éditeur, Terres du Couchant puis lisez les premières pages.



jeudi 26 février 2026

Une historiette de Béatrice

Le client habitué qui revient après un an, ou quelques mois, je ne sais pas exactement. Qui regarde son rayon de prédilection et lâche un « Eh bien, ça n'a pas beaucoup changé » en soupirant.
La joie de vivre incarnée, jamais un sourire, alors pensez un mot gentil, il repart, auréolé de sa suffisance, en me demandant un sac pour protéger le magazine qu'il tient en main.

mercredi 25 février 2026

Histoire du comte Fabrizio

Le temps passe et le Tenancier continue d'être publié dans le magazine Lard-Frit avec, cette fois-ci, une nouvelle inspirée du Guépard et de la dégustation des macaronis, tout ceci exposé avec tout le sérieux requis dans ce genre de récit. Naturellement.


La page de ce numéro se trouve ici

dimanche 22 février 2026

Autodafé

On voudra bien ne pas tenir rigueur au Tenancier de réutiliser un billet en provenance de son ancien blogue Feuille d’automne, mais l’esprit d’escalier règne en maître dans le capharnaüm qui lui sert de cerveau et l’allusion dernière à la liste Otto l’a mené jusqu’à la réminiscence de cet extrait.



[…] « Le symbole de toute cette campagne contre le libéralisme et l’individualisme nous paraît être l’autodafé de livres qui eut lieu à Berlin le 10 mai 1933. Cette manifestation, organisée par les étudiants groupés en un Comité d’action contre l’esprit non allemand, se déroula sur le mot d’ordre : « L’esprit allemand prend son essor. » Elle revêtit l’allure d’une cérémonie solennelle, avec un ensemble de rites empruntés aux traditions des corporations. Une fois que le bûcher des livres eut été dressé, neuf crieurs s’avancèrent l’un après l’autre en répétant, sous la forme d’un serment, des paroles moralisatrices : « Contre la décadence et contre la dégénérescence des mœurs ! Pour la discipline et la morale au sein de la Famille et de l’État ! […] je livre à la flamme les écrits de Heinrich Mann, Ernst Glaeser et Erich Kästner. » Ce jour-là, vingt mille volumes furent brûlés sur la place de l’Opéra, et les mêmes scènes se répétèrent dans toutes les universités allemandes. Quant aux thuriféraires du régime nazi, peu sensibles aux protestations venues de l’étranger, ils s’appliquèrent à justifier l’entreprise des étudiants. Will Vesper écrivit par exemple : « En maints endroits, on proteste maintenant sous prétexte que les étudiants, en brûlant cette littérature ordurière n’ont pas toujours jeté au feu ce qu’il fallait. C’est possible. Mais l’intention était bonne et justifiée. »
Au XIXe siècle, déjà, en 1817 à Iéna, les étudiants allemands avaient brûlé des livres : au nom de la justice, de la patrie et de l’esprit communautaire. A cette occasion, un discours avait été prononcé sur les écrits néfastes et déshonorants pour la patrie : cérémonie au cours de laquelle, raconte un chroniqueur, le titre de chaque ouvrage était annoncé à voix haute par un héraut, et à chaque fois les assistants répondaient en un cri énorme : « Au feu ! Au feu ! » Dans Almansor, le poète Henri Heine avait alors déclaré : « C’était un simple prélude : là où l’on brûle des livres, on finira par brûler des hommes. »
En quelques mois, les nazis avaient déterminé un clivage entre les bons et les mauvais écrivains. Pour certains de ceux-ci, l’émigration avait commencé ; pour d’autres, c’était la prison et les camps ; pour d’autres enfin, le silence pur et simple. Les bons, eux paradaient ici et là, glorifiant (comme Gottfried Benn à la radio) les bienfaits du nouveau Reich envers les intellectuels. La mise au pas exigeait encore une assise juridique solide, afin que toute opposition fût définitivement muselée, mais les premiers travaux de centralisation du pouvoir sur les lettres et les arts avaient été menés à bien, conformément au programme culture du parti national-socialiste. A la phrase prémonitoire de Henri Heine dont les écrits étaient maintenant interdits répondait une réplique prononcée par l’un des personnages du Schlageter de Johst, exemple de l’homme nouveau prôné par les nazis : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver !... (*) »
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(*) C’est une phrase qu’on trouve attribuée alternativement à Goebbels ou à Goering dans les écrits français… (Note de l’auteur)
Lionel Richard : Nazisme et littérature (1971)

vendredi 20 février 2026

Pornographie (bis)

« C'était certainement une impressionnante collection de pornographie, gâchée seulement par la section sans éclat consacrée aux légumes de la fin du printemps. »
(Glen Baxter)

mercredi 18 février 2026

L'ordre commence par la préoccupation de tenir des listes à jour.

À une amie libraire qui ignorait l’existence de la Liste Otto, je lui ai indiqué qu’elle aurait sans doute la chance d'en découvrir un équivalent dans un avenir proche : à elle le frisson du livre sous le manteau, des perquisitions dans les fonds de librairies et des poursuites judiciaires, voire plus si affinités, comme on dit... Tenez, livrons-nous à un jeu : comment s’appellerait cette nouvelle liste, les amis ?

lundi 16 février 2026

Une historiette de Béatrice

« Allô oui bonjour, c'est moi qui suis venue vous voir hier à la boutique, vous deviez venir aujourd'hui chez moi et je vous attends toujours ! »
Voyons, voyons, nous sommes lundi, oui. Je n'avais aucune bibliothèque à voir aujourd'hui, non.
Mais je me souviens soudain de cette dame très agitée venue samedi me parler des livres et des boutons de manchette qu'elle voulait absolument que je vienne voir.
Respire, respire, c'est lundi. C'est parti.

samedi 7 février 2026

Qu'est-ce que ça peut vous foutre ?

Une question hante actuellement les animateurs de radio ou de télévision, insinuant que la création agirait comme une thérapie. Cette interrogation démontre à quel point nous avons raison de traiter ces interviewers « d’animateurs » et non de journalistes. Ceux-là sont curieux et opèrent sur diverses sources, or en mettant en avant, presque à chaque occasion, l’idée d’un exorcisme dans le travail de création, on devine implicitement que cela concerne cette espèce de littérature qui ne se révèle pas autre chose que l’adaptation « littéraire » d’articles pour magazine féminins (pêle-mêle : le deuil, l’anorexie, l’inceste, etc.) Le fait de savoir que cette littérature existe ne nous dérange pas particulièrement, la grosse artillerie éditoriale en fait son beurre, tant mieux, tant pis, on s’en moque. Au sujet de l’exorcisme ou de la thérapie par l’écriture, on connaît l’influence de psychiatres paresseux sur une bourgeoisie qui s’emmerde : « Écrivez ce qui vous hante » supplée à une imagination quelque peu défaillante… Il arrive que certains de ces « auteurs » gaffent et avouent ce qui a provoqué ce prurit d’écriture. Comme lesdits animateurs ont l’air de fréquenter les mêmes psys, nous nous retrouvons devant la piètre alternative, en allumant le poste, du choix de notre poison : veuvage, anorexie, inceste, le tout sur fond historique, si possible. Quant à nous, derrière ce clavier, à la question d’un exorcisme pour ce qui concerne notre production, nous n’aurions qu’une seule réponse : « Qu’est-ce que ça peut vous foutre ? »
Autant le dire ici.