L’une des distractions goûtées par un
auteur réside à contempler
un microcosme depuis sa table à un salon du livre. Je participais il y
a peu en
compagnie de l’éditeur de mon dernier ouvrage (Voyage d’un
renégat, à Terres du Couchant) à une signature dans une
de ces manifestations, au sein d’une salle de sport avec ses habituels
traçages au sol, ses panneaux de basket et l’affichage de la marque qui
se mettait
à déconner de façon stridente par intermittence. Ainsi, je me trouvais
tout de
même en pays de connaissance puisque des personnes de mon coin se
situaient
juste en face et un peu plus loin dans la même allée que moi. De même,
le plaisir
partagé avec les deux auteurs et de notre éditeur à notre propre table
valait
la peine de s’être déplacé. Comme je suis peu habitué à ses
manifestations,
ayant un tempérament grégaire, pas de permis de conduire et habitant à
dache,
je n’avais pas pris en compte un phénomène qui semble récurrent :
l’auteur
en puissance qui cherche un éditeur. Le premier arrive sur le stand, ne
regarde
même pas les livres — enfin si : l’alignement des
couvertures —
ne calcule pas les personnes derrière la table quand il ne semble pas
les
considérer comme des salauds de concurrents, converse avec l’éditeur,
lequel expose
une affabilité à toute épreuve et nous quitte avec l’air de trouver que
notre
bite à un goût — pardon pour la crudité de l’expression, mais
l’impression
restait vive. Le second auteur, une auteure en l’occurrence, cherchait
à faire
publier « une
expérience de vie »
non sans se plaindre de l’édition en général, du moins de ce que j’ai
saisi à la
volée. Évidemment, l’éditeur ne publie pas ce genre d’absurdité… Tout
de même,
je me suis mis à estimer cet homme qui doit faire preuve de longanimité
face à
des personnes qui semblent penser que les éditeurs relèvent du service
public. En
plus, ses sandwichs n’étaient pas mauvais. Alors, songez-y, un éditeur
qui
nourrit ses auteurs et d’une humeur égale, vous ne croyez tout de même
pas qu’on
va le partager, hein ?
Vous voulez que je vous dise, même ?
Eh ben, c’est même pas du fayotage, je l’aime bien, ce gars-là.
Eh ben, c’est même pas du fayotage, je l’aime bien, ce gars-là.











