mercredi 28 mars 2018

Bibliographie : Les cahiers de l'imaginaire — n° 2

Les cahiers de l'imaginaire
n° 2 : L'humour anglo-saxon, 1850-1950 — Octobre 1980
SOMMAIRE

Dossier L'humour anglo-saxon (Responsable : H. Bordillon)

Henri Bordillon
Pour l'humour de Dieu
5
Henri Bordillon
Lewis Carroll : le pédophile, le professeur et la petite fille (fable critique)
7
Henri Bordillon
Bibliographie d'Alice
14
Lewis Carroll
« Qui m'expliquera le Pourquoi et le Comment ? » ; un dessin ; « Post-scriptum »
16

Six limericks commentés par Norman Douglas et présentés par Patrick Besnier
22
Henri Bordillon
Présentation de Saki
31
Saki « Le tigre de Mrs Packletide »
32
Bernard Le Doze
Liam O'Cusegan : un grand ambidextre ou la littérature de demain
37
Liam O'Cusegan « Les pensées d'un homard » (choix)
40
Fritz Spiegel
Littérature funèbre
45
Spike Milligan
Trois Jeux de Noël pour enfants sages et deux dessins
50
Bernard Le Doze
Présentation de James-Patrick Donleavy
56
James-Patrick Donleavy « Le cannibalisme »
60
Henri Bordillon
Flann O'Brien
64
Notes de lecture
Par Catherine Bertheleu, Henri Bordillon, Nicole Lecoq
66
Couverture Montage de dessins de John Tenniel pour Alice


Format 21X29,7cm, 70 pages, impression offset de bureau, dos collé.


Amendier fleuri

Amendier fleuri : Régisseur. — Jeu de mots expliqué par l'exemple suivant : — « L'amendier fleuri, comme disent les acteurs en parlant du généreux distributeur d'amendes qui surveille la scène. » (Vie parisienne, 65.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

mardi 27 mars 2018

10/18 — Jules Verne : P'tit Bonhomme




Jules Verne

P'tit Bonhomme

Suivi de « À propos de Sans famille »
par Hector Malot
Préface de Francis Lacassin

n° 1220

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Série « Jules Verne inattendu »
Volume sextuple

374 pages (384 pages)
Dépôt légal : 2e trimestre 1978
ISBN : 2.264-00862-8

TABLE DES MATIÈRES


Préface : Jules Verne et le roman des larmes, par Francis Lacassin [9-12]
P'tit Bonhomme [17-356]
Document : À propos de Sans famille, par Hector Malot [359-370]
Table des matières [373-374]
Extrait du catalogue [376-382]


(Contribution du Tenancier)
Index

Ambier

Ambier : Fuir. (Grandval.) — Vieux mot. On disait au moyen âge amber.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

lundi 26 mars 2018

Bibliographie : Les cahiers de l'imaginaire — n° 1

Les cahiers de l'imaginaire
n° 1 : Gustave Le Rouge — 1980
SOMMAIRE

Dossier Le Rouge (Responsable : D. Couegnas)

Daniel Couegnas Présentation 3
Catherine Bertheleu G. Le Rouge à la recherche du bonheur de l'humanité 4
Bernadette & Pierre-Denis Villeneuve Cornélius, Bondonnat et le « Dément de la Maison Bleue » 14
Francis Lacassin G. Le Rouge ou « le Jules Verne des midinettes » ? 19
Jean-Luc Forner Science-fiction et roman-feuilleton chez G. Le Rouge 25
Bob Tartempion Who's who scientifique de G. Le Rouge 30
Auguste Combarnous Fleurs, diamants, perles, mandragore, Cornélius 32
Henri Bordillon Le Rouge poète 41
Daniel Couegnas G. Le Rouge, écrivain ou paralittérateur ? 44
Jacques Baudou « Le masque de linge » roman policier de G. Le Rouge 48
Olivier Assayas Bibliographie de G. Le Rouge 50
Daniel Cougnas Compte-rendu : trois études universitaires sur G. Le Rouge 57
Notes de lecture par Henri Bordillon, Catherine Bertheleu, Auguste Combarnous, Daniel Couegnas, Jean-Pierre Lecoq 60
Couverture Dessin de Jenny Michel

Format 21X29,7cm, 68 pages, impression offset de bureau, dos collé.
Numéro agrémenté d'un page volante représentant la couverture du « Secret de l'île des pendus » (Cornélius)


Amateur

Amateur : Dans le monde artistique et littéraire, on appelle amateur l'homme du monde qui se fait artiste ou écrivain à certaines heures seulement. — Peinture d'amateur, musique d'amateur et littérature d'amateur sont des termes souvent ironiques par lesquels on désigne des œuvres peu sérieuses.

Amateur : « Rédacteur qui ne demande pas le payement de ses articles. » (1826, Biographie des journalistes.)

Amateur : sert aussi dans l'armée d'équivalent au mot pékin. Un officier dira : Il y avait là cinq ou six amateurs ; comme un soldat ou un sous-officier dira : Il y avait là cinq ou six particuliers.

Amateur (Clerc) : Dans le notariat, un clerc amateur travaille sans émoluments.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

Presse clandestine

Vers la fin de la même année [circa 1907] je pris part à une perquisition dans un rez-de-chaussée de Shepherd’s Bush. Le propriétaire de ce local était bien connu de nos services qui l’avaient patiemment surveillé pendant quatorze ans ; il était fameux comme secrétaire d’une association de révolutionnaires. Sa cave avait été le théâtre de nombreuses réunions secrètes et plus d’un réfugié de Sibérie y avait trouvé un asile.
Peu de jours encore avant notre perquisition rien ne pouvait lui être reproché de contraire aux lois britanniques. Mais nous découvrîmes alors une petite presse d’imprimerie construite par un professionnel ainsi qu’une grosse quantité des brochures incitant les paysans russes à la rébellion, les marins et soldats russes à la mutinerie et ainsi de suite. Notre homme ne fut pas tout à fait assez leste dans sa tentative de fuite et il fut traité comme il le méritait.

Herbert T. Fitch : Scotland Yard contre l’anarchie et l’espionnage (1933 pour l’édition française)

Amarrer

Amarrer : Manœuvrer de façon à duper quelqu'un. Mot à mot : jeter l'amarre sur sa crédulité.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

lundi 19 mars 2018

Lecture médicale

Amarres (Les)

Amarres (Les) : Les amis. (Rabasse.) — Je ne pense pas que ce soit un jeu de mot. C'est plutôt un exemple du langage en mar. V. ce mot.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

dimanche 18 mars 2018

L'impossible représentation

On va le constater, en juin 2009 sur le blogue Feuilles d'automne, votre Tenancier n'hésitait pas à payer de sa personne pour vanter les mérites des Amis de Saint-Pol-Roux. C'est sans vergogne aucune qu'il récidive en l'an de grâce 2018, toutefois en ne montrant pas les pénibles transformations subies par son corps, illustrant le fait que la vieillesse est bien un naufrage.



Dans ce billet, le Tenancier a décidé de s'impliquer vraiment. Ainsi, enchanté de la publication du n° 4 de Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, il a décidé de montrer sa joie et son enthousiasme. Respectueux de l'exactitude en matière de bibliophilie, il a cependant essayé de coller de près à la thématique de ce numéro : l'impossible représentation...


Pour toute commande et tout renseignement au sujet de ce bulletin, il suffit, bien entendu de cliquer sur le site Les Féeries Intérieures (désormais, en 2018, il vous faut aller au site des Amis de Saint-Pol-Roux).
On est prié d'être indulgent avec le physique du Tenancier, lequel vient à peine de recommencer à faire un peu de sport. Enfin, dites-vous qu'il a toujours des carrés de chocolat, mais qu'ils ont un peu fondu dans le paquet.



Vous pensez bien que l'on se serait gardé d'inscrire cet ancien billet au programme de nos rediffusions si le hasard objectif, qui sert les poètes et les malfaiteurs, n'avait déposé chez nous récemment la nouvelle formule du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, qui reprend les anciens fascicules dans une édition diablement plus soignée. Le Tenancier vous recommande d'accorder un peu de votre temps à une telle entreprise — à une magnifique entreprise même. Malice de l'expéditeur ? L'exemplaire, limité, porte le n° 69...
En tout cas, que l'on ne s'imagine pas le Tenancier recommencer ce genre de publicité, ou alors en le payant trrrrès cher.
En attendant, voici la couverture, fort belle, du nouveau bulletin.

Amant de cœur

Amant de cœur : Les femmes galantes nomment ainsi l'amant qui ne les paye pas ou qui les paye moins que les autres. La physiologie de l'amant de cœur, par M. Constantin, a été faite en 1842.
Au dernier siècle, on disait indifféremment ami de cœur ou greluchon. Ce dernier n'était pas comme on le croit aujourd'hui un souteneur. Le greluchon ou ami de cœur n'était et n'est encore qu'un amant en sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de mystérieuses amours. — « La demoiselle Sophie Arnould, de l'Opéra, n'a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très-aisé dans son état, et devenu l'ami de cœur et le monsieur. » (Rapport des inspecteurs de Sartines. 1762.)
Ces deux mots avaient de l'avenir. Monsieur est toujours bien porté dans la langue de notre monde galant. L'ami de cœur a detrôné le greluchon ; son seul rival porte aujourd'hui le nom d'Arthur.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

samedi 17 mars 2018

YR

« As observed at the turn of the century by Marks & Spencer (1899), who first named the “yelling reaction” (YR), the stiking effects of tomato throwing on Sopranoes have been extensevely described. Although numerous behavioral (Zeeg & Puss, 1931 ; Roux & Combaluzier, 1932 ; Sinon et al., 1948) pathological (Hun & Deu, 1960) comparative (Karybb & Szÿla, 1973) and follow-up (Else & Vire, 1974) studies have permitted a valuable description on these typical responses, neuroanatomical, as well as neurophysiological data, are in spite of their number, surprisngly confusing. In their henceforth late twenties’ classical demonstrations, Chou & Lai (1927 a, b, c, 1928 a, b, 1929 a 1930) have ruled out the hypothesis of a pure facio-facial nociceptive reflex that has been advanced for many years by a number of authors (Mace & Doyne, 1912 ; Payre & Tairnelle, 1916 ; Sornette & Billevayzé, 1925). […] »

Georges Perec : Cantatrix Sopranica L.


« À l'opéra, en chantant la Tosca
Un grand ténor ayant manqué le "la"
En reçut ce soir-là
Des tas, des tas, des tas
Sa femme, en sortant de là, le consola. »
 Jack Ary : Les tomates 


Merci à Otto pour l'inspiration musicale...

Alter ego

Alter ego : Autre moi-même. — Latinisme. — « M. Chivot occupait la stalle voisine, applaudissant de tout coeur l'amusante folie de son heureux alter-ego. » (E. Blavet.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

vendredi 16 mars 2018

Café littéraire

Affiche de

Altèque

Altèque : Beau, bon, excellent. (Vidocq.) — Du vieux mot alt : grand, fort, élevé (qui nous est resté dans altitude), accompagné d'une désinence arbitraire comme dans féodec.
Frangine d'altèque : bonne sœur.
Frime d'altèque : charmante figure. V. Coquer.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

« Connaissez-vous la vertu des livres, monsieur ? »



« Puis-je vous raconter une histoire, Miss Lamb ? Il y a un mois, j’étais installé dans un café de Maiden Lane. Voyez-vous celui que je veux dire ? Celui qui a un superbe comptoir en acajou. J’avais emporté une très belle édition ancienne en écriture gothique des Contes de Canterbury de Chaucer, que je venais d’acheter à un client de Long Acre. J’en tournais les pages lorsque j’entendis une voix qui manifestement s’adressait à moi. “Connaissez-vous la vertu des livres, monsieur ?”
« C’était une femme d’âge mûr, assise à un guéridon juste derrière moi. Elle était vêtue en noir de la tête aux pieds, elle portait un chapeau noir, un châle noir, et un parapluie noir était posé contre sa table. Il n’est pas habituel de voir une femme assise seule dans un café, même à Maiden Lane, et, bien sûr, je fus un peu gêné. Ce n’était manifestement pas une prostituée. Pardonnez-moi, Miss Lamb, d’être aussi indélicat. Son âge et sa tenue excluaient cette hypothèse. Je supposai qu’elle était soit soûle, soit folle. “Des vertus, madame ? — Comprenez-vous ces choses…? Les archives, les documents, les livres…? — C’est ma profession. — Je ne fais pas confiance aux hommes de loi. ” Je remarquai alors qu’elle buvait une tasse de sassafras, une boisson que je déteste ardemment. “Ainsi que vous pouvez le voir, je suis veuve. — Vous m’en voyez navré. — Il n’y a pas de quoi. Mon époux était une brute. Mais il m’a laissé quantité de documents.” Bien sûr, cette remarque éveilla mon intérêt. “Je n’y connais rien dans ce domaine. J’ai besoin de quelqu’un de compétent.” J’avais cru un instant que cette femme appartenait à la cohorte des faibles d’esprit qu’on croise en grand nombre dans les rues de Londres. Cependant, elle faisait preuve d’une telle circonspection, d’une telle assurance, que je compris qu’il n’en était rien. “Vous trouvez sans doute étrange, monsieur, que je vous entretienne de tout cela, mais, comme je l’ai déjà dit, j’abhorre les avoués, les chicaneurs et autres avocassiers. Il y a plusieurs semaines que je n’arrête pas de me répéter : si je tombe sur quelqu’un qui s’y connaît en études et en déchiffrage, je lui fonce dessus.” Je ne pus m’empêcher de sourire. “Vous voyez bien, monsieur, que le langage fleuri, ce n’est pas mon genre. Auriez-vous l’obligeance de me révéler votre nom ?” Elle ouvrit sa bourse en soie noire et je sentis, très nettement, une odeur de violettes. C’est un parfum exquis, ne trouvez-vous pas ? “Je n’ai pas de carte, déclara-t-elle. Que celle de mon défunt mari… mais l’adresse est la même.” Je remarquai que son époux, Valentine Strafford, avait été importateur de thés et qu’il vivait à une bonne adresse… Great Tichfield Street… dans la paroisse de Marylebone. Je donnai donc mon nom à cette personne et lui promis de venir lui rendre visite. Ainsi l’exigeait la plus élémentaire politesse.
« Tout à fait par hasard, le surlendemain, je passai devant sa demeure en me rendant chez un relieur de Clipstone Street. Connaissez-vous ce quartier-là, Miss Lamb ? Quoique pas très ancien, il n’en est pas moins plein d’intérêt. Je n’avais pas alors, à vrai dire, l’intention de lui rendre visite, mais je dois avouer qu’elle m’avait passablement intrigué. Je jetai un coup d’œil par la fenêtre du rez-de-chaussée et là, sur une longue table, qu’avisai-je sinon des montagnes de manuscrits et de parchemins ! Il y avait également des liasses de documents, des boîtes et des papiers roulé ensemble et retenus avec de la ficelle ou du ruban. L’inconnue n’avait donc dit que la stricte vérité en parlant de documents que son mari lui avait laissés. Je n’hésitai pas un instant et, sur l’impulsion du moment, gravis les marches et tirai sur la sonnette ; à ma grande surprise, c’est elle-même qui ouvrit la porte. “J’espérais bien que vous viendriez, Mr Ireland, je vous attendais.”
« Elle m’emmena dans la pièce du rez-de-chaussée où j’avais vu les documents. En chemin, j’aperçus un long jardin étroit à l’arrière, ou l’on avait érigé une de ces folies en forme de rocaille. Elles sont très à la mode de nos jours. “Je ne suis pas certain, Mrs Strafford, d’être en mesure de vous aider. — Ne soyez pas bête. J’ai remarqué comment vous avez écarquillé les yeux en entrant dans cette pièce. Vous raffolez des vieux papiers, je le vois bien.” Elle me proposa du sassafras mais je déclinai. De toute évidence, elle n’aimait pas le thé qui avait fait la fortune de son mari. “Naturellement, je vous rémunérerai. — Avant d’évoquer une quelconque rémunération, laissez-moi jeter un coup d’œil à ces papiers. — Ça ne représente peut-être rien du tout. — Ou au contraire, beaucoup. Laissez-moi donc d’abord examiner tout ça.” »

Peter Ackroyd : William et Cie (2004)
Editions Philippe Rey, traduit de l'anglais par Bernard Turle

Alphonse

Alphonse : Homme entretenu par une femme galante. — Surnom répandu depuis qu'Alexandre Dumas à fait représenter au Gymnase son Monsieur Alphonse dont le héros exerce précisément cette industrie. — « Si tous les Alphonses du boulevard se donnent rendez-vous là, il y aura du travail pour les observateur. » (Commerson, 75.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

mercredi 14 mars 2018

Une historiette de Béatrice

«  C'est combien, ce livre ?
— Un euro, madame.
— Ben chérie, tu n'as pas vu que c'était marqué sur la caisse ?
— Oui, oui, mais je le trouvais un peu cher.  »

Alpague

Alpague :Vêtement. (Rabasse.) — Abréviation d'alpaga. Le nom d'un vêtement à la mode pendant une année, aura été pris pour désigner tout autre.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

mardi 13 mars 2018

Marxiens go home !

Allumeuse

Allumeuse : Dans le monde de la prostitution, c'est un synonyme de marcheuse. V. ce mot.
Dans ces acceptions si diverses, l'allusion est facile à saisir. Qu'il s'applique à un tête-à-tête, ou à un spectacle, ou à un attelage, ou à un repas, ou à une vente, ou à une provocation charnelle, allumer garde au figuré sa signification incendiaire.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

lundi 12 mars 2018

Comment on devient génie du mal

Spirit, de Will Eisner

Allumeur

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente pour allumer les vrais acheteurs. — « Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours. » (La Correctionnelle, journal, 41.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

mercredi 7 mars 2018

Interlude charcutier


Reyre Samson
(Je t'aime) Comm'le saucisson
(Maintes fois passé par le Tenancier lorsqu'il faisait de la radio...)

Allumer

Allumer : Regarder fixement, voir, observer. Mot à mot : éclairer de l'œil. Mot très-ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du XVIIIe siècle. — « Allume le miston, terme d'argot qui veut dire : Regardez sous le nez de l'individu. » (Almanach des prisons, 1795.)  

Allumer
: Faire éclore l'enthousiasme. — « Malvina remplissait la salle de son admiration ; elle allumait, pour employer le mot technique. » (L. Reybaud.) V. Boutonner.

Allumer : Activer, enflammer se chevaux à coups de fouet. — « Allume ! allume ! » (H. Monnier.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

mardi 6 mars 2018

Déjeuner chez un ministre

Dumas venait de déjeuner chez un ministre et, comme on lui demandait s'il avait été content de la réception :

« Sans moi, dit-il, je me serais fort ennuyé. »

X.L.C.B. : En marge de la littérature - Léon Vanier (1910)

Allumé

Allumé : Échauffé par le vin. — « Est-il tout à fait pochard ou seulement un peu allumé ? » (Montépin.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

lundi 5 mars 2018

Avertissement

Plus que jamais, je tiens à prévenir
le populo que les mecs qui croiraient
se reconnaître dans mes bouquins
seraient des tocassons vaniteux.

SAN ANTONIO
San Antonio : Descendez-le à la prochaine (1953)

Allons-y

Allons-y : Commençons.
Mon luth et mon esprit résonnent à la fois
Et l'idéal d'amour sexprime par ma voix.
Allons-y
(Il module des accords.) J. Walter.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

dimanche 4 mars 2018

Un colloque

Publié en deux partie en juin 2009 sur le blog Feuilles d'automne, ce colloque reste encore valable à l’heure actuelle, même si quelques références paraissent déjà vieillottes... Nous avons pris le parti de le présenter en un seul billet.



La librairie a son université d'été. Le Tenancier s'est déplacé récemment dans la région toulousaine et a rencontré Otto Naume pour deviser sur le livre et le métier de libraire. Le travail fut pénible et harassant et à ce titre les images qui accompagnent de loin en loin cette discussion peuvent choquer un public délicat. 


Le Tenancier : Cher Otto, je vous ai accompagné avant mon séjour toulousain à une librairie de neuf. Vous deviez y faire quelques emplettes. Vous aviez sur vous une liste d'ouvrages que l'on vous avait conseillés. Ce qui m'a un peu intrigué, c'est que vous sembliez entrer dans cet endroit avec la certitude que vous alliez trouver ce que vous cherchiez. C'est peut-être une impression que vous infirmerez volontiers... En tout cas, vous m'avez semblé dépité en sortant de la libraire : deux ouvrages fournis sur la liste, sur cinq. Par ailleurs vous avez acheté d'autres ouvrages.

Otto : Vous avez bien vu, cher ami Tenancier. Vous m'amenâtes dans une librairie située sur le Bld Saint-Germain, de grandes dimensions, apparemment bien approvisionnée. Dès lors, pour moi, il était presque évident que je trouverai assez facilement mon bonheur en ces lieux. Disons qu'un petit 4 trouvés sur 5 cherchés m'aurait semblé normal, d'autant que les livres que j'avais sur ma liste avaient été chroniqués les semaines précédentes dans diverses revues et n'étaient donc pas, a priori, d'obscurs écrits totalement improbables. Et, effectivement, j'étais un peu déçu en sortant de n'avoir trouvé que deux des cinq ouvrages cherchés. Dépité également, je vous l'avais dit sur le moment, de l'attitude des libraires rencontrées : aimables, certes, mais visiblement peu au fait de certaines choses littéraires (je ne pensais pas que Lucien de Samosate était si peu connu…) et, surtout, bien peu commerçantes. Ni l'une ni l'autre des libraires consultées ne m'a proposé de commander les ouvrages cherchés ! Ou proposé des ouvrages similaires à ceux que je cherchais. Alors, oui, j'ai acheté d'autres ouvrages, certains parce qu'ils m'ont tenté (il ne faut pas que j'entre dans une librairie…), d'autres parce que vous me les avez conseillés, et que j'écoute souvent vos conseils. Mais, quelque part, une petite voix me disait « t'as vu, tous ces bouquins, t'as pu les repérer sur un site de vente en ligne y'a deux heures, t'aurais pu les commander sans te taper les bouchons et en plus un peu moins cher » (les fameux 5%). Bon, je ne vais pas agir de la sorte, je vais plutôt aller commander mes bouquins à ma librairie favorite de Toulouse (plutôt spécialisée polar, SF, mangas et BD, mais ils sont pas « exclusifs »). Mais pour un qui agira comme moi, combien se reporteront sur Alazone ou sur Amapag ?



Otto Naume (a g.), le Tenancier, (a dr.) en plein travaux


Le Tenancier : Cher Otto, vous cédez ici à un fantasme bien courant, ce qui m’étonne de vous. En effet, on a toujours tendance à penser qu’une bonne librairie vous fournira tout ce que vous désirez. On est forcément loin du compte si, de plus, l’on y entre avec une liste. C’est que, de plus en plus, la librairie est considérée comme un lieu de stockage et non un lieu de découverte. Votre liste, en partie le démontre. Il y a, de prime, un obstacle. Si grande soit-elle, la librairie ne peut héberger tous les ouvrages parus. Rappelons qu’il y en a au bas mot 3000 par mois, tous genres confondus, certes, mais aussi un fonds d’ouvrage disponibles en France qui est énorme. Deux ouvrages ? Estimez-vous heureux, presque. Je ne pense pas que vous auriez fait un meilleur score ailleurs.
Ensuite, je suis bien d’accord avec vous. Si l’accueil fut on ne peut plus correct, il semble que ces vendeuses étaient découragées à l’avance sur le fait de commander les ouvrages. Ce pourrait sans doute être le fruit d’une certaine incompétence. Je crois qu’il faut considérer également le fait que les gros distributeurs sur le net font une concurrence sévère sur ce plan. En effet, même si la transmission des commandes se fait électroniquement, désormais, il y a des délais incompressibles, que sont le traitement des commandes par le distributeur et l’acheminement jusqu’à la librairie. Ces délais sont considérablement raccourcis chez les prestataires du net qui ont là une logique industrielle dans la chaîne de traitement des commandes. Le pli a sans doute été pris sous la menace d’une réplique attendue : « Ça ira plus vite sur le net ». Je nuancerai moins, en revanche, votre appréciation sur le manque de ressort de ces deux vendeuses qui, si elles ont su vous orienter efficacement vers certains rayons, n’ont pas paru très dégourdies pour vous orienter vers des ouvrages de votre goût, voire de vous sonder à ce propos. Ce qui devrait encore faire la force des quelques librairies de neuf qui existent encore, réside dans le fait qu’elle est occupée par des êtres humains qui ont dû lire quelques ouvrages dans leur vie. Je vous sais assez curieux pour vagabonder ailleurs que dans votre liste. Le fait même que, devant elles, vous regardiez autre chose eût pu les stimuler. Ce ne fut pas le cas. Aucun dialogue n’a été entamé. Au lieu de vous entraîner devant les rayons pour chercher les livres que vous désiriez, elles se sont plantées devant un ordinateur. Cela démontre le manque endémique de formation de la plupart des libraires en matière de vente. En réalité, il me semblait avoir affaire à deux bibliothécaires. On rentre tout à fait dans la perspective de la librairie française actuelle : le manque de vendeurs réellement qualifiés à cause d’une sous-rémunération due à une activité de peu de rapport. Pourtant, c’est bel et bien là que se trouverait la solution pour les libraires de neuf : garder des vendeurs expérimentés et avec de la bouteille. Cher Otto, avez-vous souvent rencontré des vendeurs en librairie qui ont plus de 40 ans qui ne soient pas à la tête du magasin ?
Pour votre librairie spécialisée, ce ne devrait pas être une gêne de vous commander des livres hors de sa spécialité : elle a accès aux mêmes réseaux que tout le monde.

Otto : Cher Tenancier, j'entends bien vos remarques, je ne confonds pas librairie et entrepôt, ni ne demande à l'une d'elles, aussi importante soit-elle, de ressembler aux rayons présumés quasi-exhaustifs (on peut toujours présumer, hein…) de certaines chaînes de distribution auto-proclamées « agitatrices » (c'est à la mode, de s'agiter. Agir, en revanche…). Mais l'on en revient à ce qui semblerait devoir être la vocation, je dirais même la justification, d'une librairie de neuf ayant pignon sur rue de nos jours : le conseil. Ce qui passe, en premier lieu, par le fait de lire, pas forcément tous les livres, il y a évidemment impossibilité, mais au moins les chroniques des quelques magazines et pages de journaux pouvant encore prétendre au rang de référence en matière de critique littéraire. Si Machin parle en bien de l'ouvrage Truc, cela devrait titiller l'œil du libraire et le pousser à commander la chose. Mais il semble que le seul ouvrage commandé ces derniers temps soit La princesse de Clèves, ce qui, malgré les probables charmes de l'ouvrage (jamais lu), n'augure rien de bon pour la littérature actuelle. Et permet de comprendre le niveau des aimables boutiquiers à qui l'on peut s'adresser. Et il est vrai qu'à ce niveau, comme à bien d'autres, c'est d'avoir des vendeurs quelque peu expérimentés qui apparaît comme la solution. Pour en revenir à ma librairie toulousaine (Album pour la nommer), l'on m'y suggère régulièrement des auteurs que je ne connais pas – certes, je suis bon public, et bon acheteur, donc plus intéressant que le mec qui achète son polar à 12 euros et se barre. Et l'on s'aperçoit vite que les divers vendeurs (qui sont les mêmes depuis que je fréquente l'endroit, 3 ans environ) ont des connaissances sur ce qu'ils vendent, qu'ils ont des passions et qu'ils les font partager. L'humain, quoi. Et cela donne forcément plus envie d'aller acheter chez eux qu'ailleurs. Mais c'est vrai qu'en province, on prend plus le temps de discuter. Et que la personne derrière vous dans la queue ne se met pas à râler parce que le vendeur est en train de parler avec vous. Au pire, il viendra même partager ses connaissances sur la discussion.
Quant à acheter un livre sur le Net, cela ne me viendrait pas à l'idée. D'abord parce que je trouve la totalité des sites de ce type mal foutus et plutôt décourageants pour l'acheteur. Ensuite parce que je n'ai que foutre de leurs suggestions à la noix de type « les autres lecteurs qui ont acheté cet ouvrage ont aussi aimé… » : l'avis du libraire peut m'intéresser, celui des autres acheteurs, ben… Rien d'élitiste là-dedans, mais je vois mal comment un programme informatique peut voir quoi que ce soit de qui je suis, de ce qui m'intéresse dans un ouvrage, des affinités que je peux avoir. D'autant que ces « suggestions » sont très limitatives. J'aime le rigolard Westlake et le très sombre Jim Thompson. Avec ça, il me suggère quoi, le programme ?
Par ailleurs, une boutique en ligne ne peut pas remplacer un vrai magasin, avec tous ses trésors entassés dans des rayons, que l'on prend plaisir à sortir de leur cachette pour les découvrir, souvent les rejeter après lecture de la quatrième de couverture, parfois les garder. Parce que le titre ou la couverture vous a attiré (comme celle de ce récit d'un aventurier capturé par les indiens Patagon sur lequel j'ai craqué lors de cette incursion germanopratine), parce que l'argumentaire au dos vous a séduit, bref parce que vous venez de faire une trouvaille. Que vous n'auriez jamais faite sur le Ouèbe : sur le Net, tous les livres de la Terre sont présents mais vous ne les voyez pas ; dans une librairie, les x milliers d'ouvrages présents sont là, sous vos yeux, attendant d'être découverts. Une histoire de sentiers battus, en quelque sorte…

Le Tenancier : Effectivement le travail de conseil est crucial. Ce qui est particulièrement curieux, c’est que le libraire met de plus en plus d’obstacles entre son conseil et le client qui vient lui rendre visite. Il semble qu’il y ait une étrange rupture de dialogue entre les deux. Ainsi, on voit des papillons manuscrits égayer les rayonnages et les étals, prétendant constituer une accroche pour le chaland. La parodie serait facile qui commenterait « Ainsi parlait Zarathoustra » de la même façon. On imagine : « Philosophe un peu difficile mais qui dit des choses justes ». Plus anciennement, et j’y ai déjà fait allusion sur ce blog, il y avait les Tables Apostrophes, qui mettaient en évidence les livres passés à l’émission dans la semaine. Imaginez que c’était plutôt la cata quand le sujet de l’émission n’était pas vendeur… Par ailleurs, énormément de clients, la majorité, en fait, n’ose plus en passer par le libraire, sûrement jugé comme « intellectuel » et donc incapable de se mettre à niveau. En réalité, ce métier a tellement été sacralisé que l’on en a oublié qu’il était assuré par des gens normaux qui avaient pour mission de satisfaire des clients. Cet abandon, volontaire ou non, du rôle de prescripteur a des effets en retour catastrophiques. On entre dans une librairie parce que l’on a parlé de ce livre à la téloche, et l’on vitupère si l’on ne le trouve pas parce qu’un présentateur a déclaré qu’on pouvait le trouver dans TOUTES les librairies. De là, une image faussée et perverse de la librairie de neuf : dépôt de livre qui fait vivre une bande d’intellectuels ratés qui n’ont pas su faire autre chose de leur vie, et qui sont infoutus de faire correctement leur travail. Et cette description, entendue parfois, est à peine une caricature. Il semble bien, au final que tout le monde a peur de dialoguer, de se tromper, alors on remet cette compétence à d’autres : presse, télévision (qui selon moi tient du spectacle et non de l’information…) ou même publicité. La faute en incombe essentiellement au libraire qui – je l’ai vu parfois – se retenait de défaire quelques illusions sur son activité et en a renforcé d’autres par paresse et même par mégalomanie personnelle. Il faut que vous sachiez, Otto, que nombre de libraires ont inventé ce métier et qu’ils sont à l’origine de rééditions cruciales, de redécouvertes d’auteurs indispensables… et autres fariboles émises par des personnes aimables au demeurant mais qui n’ont jamais quitté leur comptoir.
Attention, tous ne sont pas comme ça. Il reste également des amateurs de librairie qui viennent discuter avec les vendeurs. Il reste encore des libraires qui savent lire et qui se mettent au courant de ce qu’il paraît. Mais la manifestation de ce fait devient rare. Quand cela arrive, une relation spéciale se développe, connaissant vos goûts, le bon pro saura aller dans votre sens mais également vous fera déraper parfois vers des choses que vous ne soupçonniez pas. En retour, le client fera de même. Je dois une partie de ma bibliothèque à toutes les personnes avec qui j’ai dialogué lors de l’exercice de mon travail. Détruisons un mythe : un bon libraire n’a pas le temps de lire pendant son travail. Trop occupé à autre chose. Mais il emporte du travail à la maison. Et il a de la mémoire. Celle-ci se bonifie avec le temps. Et il la met à votre disposition.
Il reste, Otto, que votre recherche de livres partait d’un autre type de prescription : le conseil amical, il est parfois difficile à satisfaire s’il concerne un livre épuisé…


Otto préparant son intervention...

Otto : Certes, je suis et resterai toujours difficile à satisfaire, même par les mains calleuses d'un libraire qui a « pour mission de satisfaire des clients ». Pour ce qui concerne l'aspect « dialogue », il y a du vrai dans ce que vous dites, l'on cherche – et pas seulement en librairie – à s'affranchir de cette horrible perte de temps que constitue l'échange d'idées avec l'impétrant qui a l'audace de vouloir réfléchir plutôt que de dégainer sa carte bancaire avec la grâce du pistolero de bande dessinée. Il est vrai que dans mes lointaines contrées, ce travers est, heureusement, moins marqué. L'on peut échanger des idées sur la littérature dans sa librairie préférée comme papoter de la pluie et du beau temps avec la caissière du supermarché sans se faire insulter par ceux qui vous suivent dans la queue. Mais, en ville, il faut aller vite. Et c'est aussi pour cela que vendeurs comme acquéreurs potentiels foncent à ce qu'ils considèrent comme l'essentiel. Et inclinent vers le pré mâché, voire le prédigéré. Que ce soient ces fameux papillons dont vous parlez (et effectivement d'une incommensurable vacuité) ou ces ouvrages « recommandés » au JT ou à une quelconque émission littéraire, ils sont, entre autres, la convergence vers le « fast book », qui conduira forcément à ce que l'acheteur s'affranchisse du libraire : pourquoi s'emm… à se déplacer alors qu'on obtient strictement le même non-service sur Internet ?
Ayant été moi-même libraire il y a fort longtemps et pendant un court laps de temps (j'emmenai du travail à la maison, comme vous dites, mais oubliais un peu souvent de le ramener… Mais ce n'est pas cela qui m'a amené à quitter l'établissement, je le précise…), j'ai vu une sorte de résumé de ces divers aspects : les petites dames très gentilles et très âgées qui se ruaient sur l'étal des Harleq… le jour de leur sortie, prenant les six nouveaux titres du mois sans même en lire la couverture, réflexe conditionné ; les fameuses et si vraies tables Apostrophe, avec leur public tout aussi pavlovien ; leur équivalent « nécro » : incroyable ce qu'un mort peut vendre mieux que de son vivant, surtout si c'est tout frais ; les amateurs qui viennent parce qu'ils savent qu'ils trouveront ce qui les intéresse et que vous pourrez leur donner des conseils.
En parlant de conseil, il est vrai que celui des amis n'est pas forcément le plus opportun, le risque n'étant pas nul qu'un ouvrage soit épuisé. Mais l'avantage de l'amitié, c'est que l'on peut prêter l'œuvre en question. Et qu'un peu de frustration n'est pas forcément mauvais pour le teint. Et, cher Tenancier, quelle autre source de conseil pourrait-on accréditer ?

Le Tenancier : Mon Otto, toute personne sachant lire est une source de conseil, bien sûr ! Je ne botte pas particulièrement en touche en vous annonçant cela. J’estime que le livre est encore le véhicule d’une certaine convivialité. Si un livre est épuisé, c’est là qu’interviennent plus efficacement les libraires d’occasion dont je fais partie et dont j’espère dire deux mots un peu plus tard.
Pour ce qui est du prescripteur spécialisé, il est évident que nombre de libraires de neuf ont renoncé à ce rôle par la force des choses ou par désillusion, comme nous venons de l’entrevoir. Il existe par ailleurs tout un réseau élaboré de promotion du livre… mais est-ce encore en rapport avec le fameux conseil que vous semblez tant solliciter ? Le Critique Littéraire fait partie de ce réseau. Comme le journalisme dont il fait partie, il est désormais difficile de faire la part de son indépendance et de la sujétion dont il peut être parfois victime, ou acteur consentant. Comment faire des critiques dans un journal qui fait partie d’un grand groupe de communication et qui englobe à la fois les secteurs de la presse et de l’édition ? Comment ne pas se poser la question de la mansuétude de rubriqueurs devant les merdes épouvantables qui paraissent à un rythme régulier dans l’édition française ? On passera sur les complicités et les renvois d’ascenseur systématiques qui ne défrayent même plus les chroniques (car ce style de dénonciation est tout aussi parfaitement intégré à cette même machinerie) pour se poser la question de l’enjeu économique de la publication d’un livre.
En effet, publier un « best-seller » est un enjeu industriel considérable.
Tout commence avec la commande du papier, son acheminement à l’imprimeur qui, lui, veille à ce que ses machines tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le livre, une fois imprimé, est acheminé dans les différents centres régionaux du distributeur. En amont de tout cela, alors que le livre est encore à l’état d’épreuve, l’éditeur, ou son diffuseur, envoi ses représentant vers tous les points de vente du livre pour engranger les « mises en place ». En réalité, il s’agit de faire parvenir un certain nombre d’ouvrages sur les points de vente le jour officiel de la parution avec un léger stock qui permettrait de faire le pont avec une éventuelle réimpression sans qu’il y ait réelle rupture. Comment, à partir de ces colossales manœuvres, les sommes investies, ne pas comprendre que l’éditeur ne fera pas tout pour que la promotion de son livre réussisse ? Et, à partir de ce constat, comment ne pas estimer que le critique littéraire est considéré comment un élément du plan de promotion de ce dit éditeur ? Le sont-ils tous ? Certes non. Vous avez le droit et même le devoir de vous interroger sur les raisons que la critique d’un journal féminin s’extasie sur le dernier Musso ou le dernier Marc Lévy, vous avez raison de ne pas être dupe du chroniqueur de ce newsmagazine qui entre en pâmoison à propos du récent BHL ou de « l’essai » d’Alain Minc. Leur point commun ? Pas besoin de lire ces critiques, on pourrait les écrire soi-même. Mais, dans un autre sens, les articles que je lis dans des journaux comme La Quinzaine Littéraire m’ont fait découvrir des choses considérables… C’est que l’on assiste désormais à une course à deux vitesse qui différencie certaines catégories de vendeurs de livres, d’éditeurs, d’écrivains (Les Annuels, comme j’appelle ces derniers : ceux qui sont tenus contractuellement à écrire un livre par an : Pennac et Picouly, par exemple… mais il y en a d’autres types) et puis les autres pour qui ses considérations sont inenvisageables, faute de moyens et également par goût. Parce qu’un éditeur de poésie ou de sciences humaines – par exemple - ne fait pas du livre-kleenex en général…
Je parlais de la mise en place des livres chez les libraires, entre autres. Il faut que je vous remémore une chose à propos de votre déconvenue dans cette librairie. Si vous ne trouvez pas forcément un endroit qui correspond à vos critères littéraires, il faut que vous vous rappeliez que le fonds d’une librairie de neuf contemporaine est la résultante d’un choix dont le libraire n’est presque plus du tout maître, fait qui renforce le phénomène promotionnel dont je vous parlais à l’instant.
Depuis très longtemps, une pratique a cours dans la librairie de neuf, pratique sollicitée par le libraire lui-même à l’origine. Il s’agit de l’Office.
A l’origine, le commerce de la libraire était relativement simple. Maître à bord, le libraire commandait ses livres en fonction de ses espérances de vente et de ses goûts, bref, de ceux qu’il estimait pouvoir défendre sans problèmes aucun. Seulement, beaucoup de nouveautés échappaient ainsi au professionnel, incapable d’investir dans le flot de nouveautés croissantes au sortir de la guerre. La solution résida dans un accord passé avec les distributeurs du livre. Tous les mois – ou dans un intervalle plus rapproché – le libraire recevrait d’office – d’où le nom – une certaine quantité de livres nouveaux selon une grille préétablie entre le libraire et le représentant. Avec le temps, ces grilles s’affinèrent, les conditions financières s’ajustèrent en fonction de la nature de la libraire, des livres, etc. Mais, cet arrangement n’a strictement rien à voir avec le dépôt. Cette dernière disposition permet au libraire de payer l’éditeur une fois que le livre a été vendu. Dans le système de l’Office, le libraire paye le colis qu’il vient de recevoir… Quel intérêt alors ?
Eh bien, vous avez la possibilité de retourner ces ouvrages en cas de mévente jusqu’à une échéance d’un an. Dans ce cas, ils ne vous sont pas remboursés mais crédités sur votre compte chez le distributeur ou l’éditeur. Ce système ingénieux avait tout pour plaire au départ… Seulement, les temps ont changé.
L’arrivée de l’édition-kleenex a accéléré la mise en place des offices avec des contenus dont la finalité est non de vendre des nouveautés mais de faire de la trésorerie au profit des producteurs du livre (Dans les colis, il y a eu souvent du n’importe quoi ! J’ai connu des libraires qui avaient un employé qui ne s’occupait que de confectionner les retours vers l’éditeur…) La masse financière immobilisée ne se dirige plus vers les petites structures, qui sont incapables de gérer le monstrueux mécanisme des offices (certains petits distributeurs ont sombré corps et bien face à un taux de retour phénoménal et des éditeurs incapables de faire face à celui-ci…) Enfin, le choix à la disposition de la clientèle de la librairie se standardise : 90% du fonds de la majorité des librairies – et c’est une évaluation optimiste – est issu de ce système des Offices. Cela veut dire que vous allez retrouver grosso modo les mêmes ouvrages partout. Cela veut dire que si un éditeur met le paquet sur un auteur dont il est assuré de la vente, vous retrouverez ce livre PARTOUT ! Cela veut dire encore que le libraire – parfois à son corps défendant – n’est plus qu’un élément impersonnel de ce dispositif de production du livre. Rien de plus. Certes, certains s’expriment sur d’autres ouvrages. Mais se sont souvent des nouveautés qui sont également inscrites dans la grille d’Office. En réalité, nombre de ces confrères sont enferrés dans un système dont il est extrêmement délicat de sortir. Ayant abandonné par ailleurs leur rôle de prescripteurs, comment peuvent-il s’abstraire de ce mécanisme pervers sans risquer la survie de leur entreprise ?
Il en résulte également que le libraire est de plus en plus vu comme un relais incommode de la distribution finale du livre. Internet est la panacée pour les grands groupes, en attendant la dématérialisation du livre. Ce que les thuriféraires de cette dématérialisation (quelqu’un comme François Bon, par exemple) n’ont pas l’air de percevoir, c’est que tout ceci n’est guère que l’illustration d’une doctrine économique post-industrielle et non une révolution technologique. Le libraire de neuf, certains critiques littéraires – je veux parler des vrais, cette fois-ci – appartiennent au vieux monde. C’est à eux de réagir et de créer les conditions de leur pérennité en prenant la tangente. En tout cas, il y a une sévère remise en question d’une certaine économie du livre à faire.
Et c’est urgent.

Allonger (s')

Allonger (s') : Tomber de son long par terre. — « Mon capitaine, en cet endroit, s'est allongé... Il est tombé de cheval. » (Commentaires de Loriot.)

Allonger (s') : Faire une dépense qui n'entre pas dans ses habitudes. Le faire plus forte encore, c'est se fendre. V. ce mot. Termes d'escrime.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

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samedi 3 mars 2018

Lecture ancillaire

Allez donc (et)

Allez donc (et) : Locution destinée à augmenter dans un récit la rapidité de l'acte raconté. — « Quand il a vu ça, y s'est esquivé rapidement... et allez donc ! J'entaille le sergent, je blesse deux soldats. » (E. Sue.) — « L'école du bon sens met le Théâtre-Français en interdit. Émile Augier porte Philiberte au Gymnase... et allez donc ! » (Mirecourt, 55.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

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vendredi 2 mars 2018

Un moment paisible

Le Tenancier pour se distraire, et connaître la région dans laquelle il s’est installé encore récemment, fréquente les vide-grenier. La pratique lui permet de connaître les bourgs avoisinants et, de temps en temps, d’avoir des contacts avec les indigènes. Le dernier en date s’est déroulé dans un gymnase : on repassera donc pour la topographie locale, déception mineure puisque nous connaissions déjà Carentoir un peu, étant donné que c’est le berceau familial. D’habitude, votre Tenancier découvre fort de chose en matière de livres dans ces déballages, sinon de la littérature Kleenex et des livres pour ado, ce qui revient à la même chose… Or, dans cette manifestation, nous sommes tombés sur un couple de retraités sympathiques qui avait disposé deux ou trois cartons de bouquins. Rien de bien exceptionnel dans les trouvailles : des 10/18 que vous découvrirez un de ces quatre, des Que-sais-je ? dont on se dit qu’ils commencent à être moins courants et d’autres petites choses. La meilleur pièce était bien ce Poètes d’aujourd’hui consacré à Genet par Jean-Marie Magnan, chez Seghers. C’est en le feuilletant en retour d’expédition que nous sommes tombés sur ce morceau d’ancien accusé de réception des PTT, truffe improvisée qui, ouvre souvent à des conjectures, dès lors que l’on rencontre un nom connu. Voici un marque-page qui ouvraient à quelques interrogations : 


D’abord, est-ce le Fallet auquel on pense ? Habitait-il Courbevoie ? Dans cette éventualité, ce livre lui a-t-il appartenu ou bien était-ce à l’un de ses correspondants ? Et puis, d’abord, qu’est-ce que cela peut faire ? À cette dernière question il est aisé de répondre : comme en cuisine, l’art de la truffe fait appel à l’inventivité et à l’imagination.
Nous avons passé, de notre côté, un fort bon moment à la rêverie et aux conjectures stériles. On a conclu à rien, seulement à notre plaisir.

Allez vous asseoir

Allez vous asseoir : Taisez-vous. V. Asseoir.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

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