Un gimmick me fait
sourire, à propos de
reportages sur un écrivain ou un quelconque pondeur de rapport :
on le
filme tout le temps à lire son bouquin, comme s’il était en train de le
découvrir au quotidien avec une voix off « Nous
avons trouvé Jean-François Tartempion chez lui, pour nous parler de son
dernier
livre ». Vous imaginez, vous, un
type qui a écrit un
texte pendant des mois, qui s’est emmerdé à trouver le mot juste,
l’expression
ad hoc se pencher de nouveau dans son bouquin, comme s’il était tout
seul, avec
l’air concentré ? Qui
peut croire que c’est crédible ? En
tout cas, ça n’effleure pas les journalistes de la téloche qui nous
servent à
chaque fois la même image et qui tentent de convaincre le pauvre
écrivain de
paraître focalisé sur un truc qu’il connaît jusqu’à l’écœurement...
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lundi 20 avril 2026
samedi 31 août 2024
Et vous achetez encore ces merdes ?
Un postillonneur de chroniques
radiophoniques — quand
il ne produit pas du vérisme emmerdant chez des éditeurs
paresseux — s’est
mis dans la tête de rédiger un « roman » de politique-fiction,
genre qu’ici nous avions cru obsolète, tant il a été mis à mal par les showrunners hollywoodiens qui s’y
connaissent un tantinet dans le « thrill » politicard. Bé non, ça
ne semble pas effleurer l’auteur et l’éditeur, qui a accepté le
manuscrit, sans
doute friands de récupérer à bon compte une insatisfaction à l’égard de
la
médiocrité gouvernementale et oppositionnelle. Voici donc une
merdouille sans intérêt
qui va investir les rayons avec diverses recommandations suscitées ou
téléguidées par un attaché de presse. Nous avions croisé ce genre de
production
lorsque l’on travaillait en librairie de neuf, bon à renvoyer au
distributeur
passé la première semaine d’engouement de critiques soi-disant
littéraires.
Pour ce qui concernait la librairie d’occasion, que je connaissais
aussi bien,
et peut-être mieux, en fin de compte, ces conneries finissaient à la
benne.
Puisse le recyclage opérer un saut qualitatif en court-circuitant ces saloperies dès la conception. Pour cela, une seule solution, se passer de la médiocrité de certains rédacteurs, ceux qui lisent et rendent compte et ceux qui écrivent…
Puisse le recyclage opérer un saut qualitatif en court-circuitant ces saloperies dès la conception. Pour cela, une seule solution, se passer de la médiocrité de certains rédacteurs, ceux qui lisent et rendent compte et ceux qui écrivent…
mardi 21 mai 2024
Pour saluer une disparition
| « […]
Votre cas, j’en conviens, est un peu différent.
Vous avez une réputation d’intégrité que je n’ai pas l’intention
ni
surtout les moyens de mettre en doute. Je dirai toutefois que cette
intégrité
est sans mérite puisque, contrairement aux nantis du milieu, vous
n’êtes pas en
mesure de la monnayer, sauf à accepter carrément des dessous de table.
Si,
comme la plupart, vous aviez périodiquement des textes merdeux à
négocier, vous
seriez probablement moins chatouilleux sur l’éthique, quelques indices
le
laissent à penser. Vous n’avez donc pas à faire de nécessité vertu. En
réalité,
vous êtes le plus malin de tous. Alors que les autres se croient encore
tenus
de justifier leur course au fric et aux honneurs par un ou deux volumes
annuels, vous avez quant à vous bâti votre ascension en tirant
habilement
conséquence de votre nullité d’écrivain. Il faut dire qu’au terme de
deux
livres poussifs vous étiez déjà sur le flanc. À l’agonie, vous nous
avez encore
donné deux préfaces laborieuses, une sur le football, l’autre sur la
vigne. Et
puis terminé. Entretemps vous aviez compris l’essentiel, à savoir que
pour
réussir dans ce petit monde des lettres point n’est besoin d’écrire,
puisque
aussi bien les autres ne le font plus que par alibi. Votre coup de
génie, c’est
de les avoir résolument doublés sur leur propre terrain, en vous
délestant de
leurs prétextes puérils. Ne serait-ce que pour votre audace à afficher
sans
complexe votre néant créatif chaque semaine devant la France entière,
je vous
félicite. À travers vous, la France poujadiste est enfin parvenue à
baiser la France
universitaire. C’est un spectacle bien comique que de voir tous ces
tartufes
titrés et costumés venir régulièrement vous cirer les chaussures et
s’extasier
sur vos talents involontaires de clown médiatique, lorsqu’ils ne
révèrent en vous
que votre réussite matérielle et le bénéfice qu’ils peuvent
accessoirement en
tirer. En d’autres temps, ils n’auraient jamais eu assez de toute leur
morgue
pour vous mépriser. Du reste, qu’on vous savonne un rien la planche et
vous
verrez s’ils sont les derniers à vous tirer par les pieds. Le meilleur
illusionniste ne saurait renouveler son numéro à l’infini. Pour qu’un
mirage
persiste, il faut le remplacer périodiquement. Ce n’est pas un hasard si votre trajectoire personnelle passe par les droites (rassurez-vous, je n’ai pas plus de goût pour l’arrivisme de gauche). Votre itinéraire est à cet égard typique. Sans votre emploi d’alors au Figaro, vous n’auriez jamais obtenu une émission à la télévision. Polac, votre prédécesseur, venait d’être remercié pour n’avoir pas censuré deux phrases excessives sur les pharmaciens. Un remplaçant plus docile s’imposait. Non pas à la botte mais dont le profil correspondrait mieux aux objectifs informulés mais réels du pouvoir en place. Poirot-Delpech, dit-on, était sur les rangs, mais son image de gauche — il s’agit bien d’image, car pour le reste… — épouvantait ces messieurs-dames. Par ailleurs, une personnalité trop marquée à droite ne ferait pas meilleur effet, après tout nous n’étions pas si loin de mai 68. Il convenait de donner autant que possible un visage libéral à cette reprise en main. Un eunuque littéraire d’apparence apolitique ferait parfaitement l’affaire. L’avenir l’a amplement démontré, vous aviez le profil idéal de ce portrait-robot. Vos antécédents, il est vrai, plaidaient en votre faveur puisque, de l’épicerie familiale, et sans rien concéder de l’esprit petit commerçant, vous aviez réussi à vous hisser au rôle de grouillot du Figaro littéraire. Calé dans cet emploi depuis quinze ans, vous y remplissiez à peu près la fonction de Carmen Tessier, feu la commère de France-Soir. Votre mission était toutefois plus culturelle puisque consistant, pour l’essentiel, à conférer de la résonnance aux petits pets de la vie littéraire et mondaine. Sans l’aubaine de votre nomination à la télévision, vous en seriez probablement toujours à vous épanouir dans cet emploi prestigieux. Quoi qu’il en soit, on voit que vos maîtres n’avaient pas à redouter trop de subversion de votre part. Un Pivot à la télévision, c’était la garantie de dormir en paix pour longtemps. Ce n’est pas encore cette fois que la littérature changerait la vie. L’émission précédente s’intitulait Post-Scriptum, la vôtre fut allégrement baptisée Ouvrez les guillemets. Je vous imagine cherchant péniblement un équivalent dans la colonne voisine du dictionnaire analogique. L’année suivante, remontant nettement plus haut, vous inventiez Apostrophes. » |
Raymond Cousse : Apostrophe à Pivot
(1983)
vendredi 8 juillet 2022
La mission du Tenancier
Un phénomène se produit de façon récurrente lorsque dans une
assemblée, même informelle comme une dînette sur le pouce avec des personnes
que vous ne connaissez pas vraiment, ceux-là, vous découvrant comme « écrivain », vous parent de quelque
mission sacralisant la manière de dire, le quotidien ou toute autre vertu que
confère les fantasmes du lecteur. Avec soudaineté, vous voici écrasé sous le
poids de la charge de la preuve par le biais d’un acquiescement aux assertions
diverses sur la nature de la mission de l’écrivain : rendre compte de la
réalité, l’art pour l’art, le miroir le long du chemin, etc. Alors que vous
essayez de finir ce p’tit verre de rouge dont vous n’avez pas réussi à
découvrir de quoi il s’agissait (trop de bouteilles ouvertes en même temps),
vous voici acculé à un acquiescement catégorique, histoire que l’on vous foute
la paix quand vous picolez et aussi afin de tranquilliser l’interlocuteur,
parce qu’au fond, vous ne désirez pas plus que ça de passer pour un revêche ou
un contradicteur. En résumé, l’on vous somme de confirmer, gentiment, hein. Vous
pourriez répondre — et nous ne trouvons pas loin de ce que pense votre
Tenancier — que vous écrivez parce que, en définitive, vous en avez l’occasion
et que le résultat ne vous paraît pas trop moche pour la somme de travail
accordée. Vous pourriez affirmer qu’écrire correspond certainement à une
mission intellectuelle ou morale, l’enjeu d’un affrontement ou d’un défi de
soi, de l’approche sensible du monde et de toutes ces choses qui font plaisir à
l’interlocuteur. La seule réplique qui vous vient à l’esprit à ces moments,
parce que vous êtes de plus en plus perdu à l’oral pour ce genre de conversation,
reste : « Oh
vous, savez, j’aime surtout écrire des histoires… »
Mais vous ne le direz pas parce que vous ne tenez pas à décevoir et que vous avez envie de passer à autre chose, à un autre interlocuteur ignorant votre casquette de littérateur, ou à déguster ce verre de pinard que vous ne connaissez pas, ce qui, entre nous, ne peut étonner, étant donné que votre Tenancier boit de moins en moins.
Mais vous ne le direz pas parce que vous ne tenez pas à décevoir et que vous avez envie de passer à autre chose, à un autre interlocuteur ignorant votre casquette de littérateur, ou à déguster ce verre de pinard que vous ne connaissez pas, ce qui, entre nous, ne peut étonner, étant donné que votre Tenancier boit de moins en moins.
samedi 9 octobre 2021
mardi 6 juillet 2021
L'édition, c'est pas de la littérature
L'édition, c'est pas de la littérature
Émission de télévision Strip Tease
29 juillet 2009
jeudi 9 mai 2019
La visite des contrôleurs
| […] Je
libidine un brin ? Vous croyez ? Pourtant
je me contente de décrire. C’est mon métier, quoi ! Un grand
romancier qui
ne décrit pas, il est bonnard pour la casse. Tous les six mois on a la
commission de métaphore qui passe nous vérifier la prose. Vous avez pas
l’air
de vous en douter ! Ça ne plaisante pas, parole ! Demandez à
mes
collègues… On est là, bien tranquille à sa machine. On fait des
dialogues pour
remplir :
« Bonjour. « Salut. « Y’a longtemps qu’on s’est pas vu. « Oui, hein ? « Quoi de neuf ? « Pff, comme d’habitude… etc, etc… Et les messieurs contrôleurs vous tombent dessus ! L’air hargneux. — Service des épithètes, clichés et images ! (c’est le nom officiel), qu’ils annoncent, voulez-vous nous montrer votre livre en cours, s’il vous plaît ! J’en sais qu’ajoutent même pas « s’il vous plaît » ! Les v’là qui s’installent à votre burlingue, qui fument vos cigarettes et prennent l’heure à votre pendule. La manière qu’ils feuillettent votre ouvrage, mes pôvres ! « Dites donc, dites donc ! Qu’est-ce que c’est que ce travail ! Deux pages sans une comparaison ! Vous vous moquez du monde ! On va vous retirer votre licence d’écrivain ! Déjà que la fois d’avant vous avez eu un avertissement ! Vous serez rétrogradé, mon ami. On va vous flanquer au rewritinge ! Aux chiens écrasés, si ça ne suffit pas ! Voulez-vous que je vous dise ? Tel que c’est parti, vous ferez critique un jour ! On a beau pleurer, leur supplier qu’on fera bien attention, ils restent intraitables, les monstres ! Féroces ! Ah, il s’en est brisé des carrières, pour défaut de descriptions. Alors vous parlez que j’sus pas chaud si près de l’Académie Con-court, pour risquer la mise à pied. Vous m’objecterez, à propos de pied, que dans mon métier, beaucoup d’entre nous écrivent avec leurs panards. Je vous répondrai catégoriquement : « Peut-être, seulement moi je ne suis pas acrobate. » |
San Antonio : Ça mange pas de pain (1970)
samedi 8 septembre 2018
Réponses d'éditeurs
Coup sur coup, deux éditeurs ont adressé à votre Tenancier
un commentaire élogieux sur ses productions au point qu’il s’est demandé s’il n’y
avait pas d’erreur sur la personne. Et puis non, sachant par ailleurs que l’excès
de modestie confine justement à l’immodestie. Fort heureusement, un troisième a
su commenter notre travail de façon différente et propre à dégonfler un éventuel melon :
« Parfait !Nous allons jouir de ces trois interventions comme il se doit, bien entendu. Mais la saveur de la dernière nous a fait redescendre un peu, tout en nous faisant rire…
Nous tenons le bon bout, comme disait la péripatéticienne à son client. »
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