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mardi 5 décembre 2023

Libre à la plèbe littéraire, adoratrice du banal déjà vu, de nazilloter à loisir son grossier ronron

«En une mer, tendrement folle, alliciante et berceuse combien! de menues exquisités s’irradie et s’irise la fantaisie du présent Aède. Libre à la plèbe littéraire, adoratrice du banal déjà vu, de nazilloter à loisir son grossier ronron. Ceux-là en effet qui somnolent en l’idéal béat d’autrefois, à tout jamais exilés des multicolores nuances du rêve auroral, il les faut déplorer et abandonner à leur ânerie séculaire, non sans quelque haussement d’épaules et mépris. Mais l’Initié épris de la bonne chanson bleue et grise, d’un gris si bleu et d’un bleu si gris, si vaguement obscure et pourtant si claire, le melliflu décadent dont l’intime perversité, comme une vierge enfouie emmi la boue, confine au miracle, celui-là saura bien, — on suppose, — où rafraîchir l’or immaculé de ses Dolences. Qu’il vienne et regarde. C’est avec, sur un rien de lait, un peu, oh! très peu de rose, la verte à peine phosphorescence des nuits opalines, c’est les limbes de la conceptualité, l’âme sans gouvernail vaguant, sous l’éther astral, en des terres de rêve, et puis, ainsi qu’une barque trouée, délicieusement fluant toute, dégoulinant, faisant ploc ploc, vidée goutte par goutte au gouffre innommé; c’est la très douce et très chère musique des cœurs à demi décomposés, l’agonie de la lune, le divin, l’exquis émiettement des soleils perdus. Oh! combien suave et câlin, ce : bonsoir, m’en vais, l’ultime farewel de tout l’être en déliquescence, fondu, subtilisé, vaporisé en la caresse infinie des choses! Combien épuisé cet Angelus de Minuit aux désolées tintinnabulances, combien adorable cette mort de tout!
Et maintenant, angoissé lecteur, voici s’ouvrir la maison de miséricorde, le refuge dernier, la basilique parfumée d’ylang-ylang et d’opoponax, le mauvais lieu saturé d’encens.
Avance, frère; fais tes dévotions.»

Les Déliquescences, poèmes décadents d’Adoré Floupette, 1885