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mercredi 1 novembre 2023

Paf, dans ma bibliothèque !

Continuons de gloser ici sur la donation de cet ami désireux d’écrémer sa bibliothèque. Assurons nos lecteurs que ces livres ont été choisis par bibi et que d’autres amis et proches ont également pioché dans ce qui fut mis à disposition. Aujourd’hui, nous allons traiter par lot, procédé facile face à des livres que l’on connaît à peine, et pour cause : il faudrait les avoir lus aussitôt acquis.
Il existe peut-être encore une sorte de snobisme à l’égard des ouvrages édités en « club ». Certes, les exploits de la Waffen SS ou le compte-rendu de l’Opération Barbarossa sous « reliure » en skyvertex ont de quoi refroidir le paisible lecteur. D’ailleurs, ces saloperies militaristes (et souvent rédigées par des fascistes) ne courent plus les rues ni trop les boîtes à livres, en tout cas moins qu’avant. On s’en félicite. Toutefois, ces maisons spécialisées dans la production sérielle, procurent quelques joies pour l’amateur de Verne, de Simenon, de classiques de ceci ou de cela, en somme d’une littérature qui fut « Grand Public », sans doute confinée dans le purgatoire de bibliothèques familiales, attendant le débarras d’une descendance indifférente. Il faut le regretter, le déplorer, mais s’abstenir de vouloir rêver à leur complétion, sous peine de périr sous l’accumulation. Les seules séries en club que je possède sont des héritages : les œuvres de Tchekhov (12 vol.) et les Mémoires d’outre-tombe (avec la préface de Guillemin)...
Me voici donc récipiendaire d’une amorce de série, « Les classiques du crime », quatre volumes que je ne songe pas à compléter, deux anglo-saxons et deux français, dont un roman déjà lu et grandement apprécié : C’est toujours les autres qui meurent, de Jean-François Vilar. Je le possède dans sa première édition. Tant mieux, je pourrai offrir celui-ci à une personne méritante, à l’instar du London de la dernière chronique. Notons que ni le Irish ni le Bloch ne sont issus d’une traduction de la Série noire ce qui laisse espérer un texte un peu plus complet, à défaut d’avoir un avis préalable sur le travail du traducteur. D’ailleurs, comment l’évaluer lorsque l’on éprouve déjà pas mal de problèmes avec sa propre langue ?
Restons dans le domaine avec ces deux ouvrages de chez Rivages, chaudement recommandés par cet ami. On lui prête quelque compétence en la matière. On s’est laissé faire. La bibliothèque noire s’étoffe…

 
Brisons-là avec cette littérature. Il était temps. On apprécie que les plats varient, même si l’on aime revenir sur certaines saveurs. C’est le cas avec David Le Breton, dont j’avais lu dans le temps La chair à vif, usages médicaux et mondains du corps humain, lecture utile et captivante pour qui s’intéresse à cette partie de la littérature de la Belle-Époque et de l’entre-deux-guerres abordant les sculpteurs de chair humaine ou de visages : Le Rouge, Leblanc et bien d’autres. Certes, cela ne constituait pas le cœur du propos, mais restait un élément intéressant pour en saisir certains aspects. Hors ces considérations, l’ouvrage fait partie de toute cette production qui renouvelle l’anthropologie historique. La venue de ce livre de Le Breton est donc accueillie avec plaisir, d’autant que celui-là va augmenter un modeste rayon (3 ou 4 ouvrages, pas plus) consacré à la randonnée. Il est d’ailleurs si petit que je le localise toujours très mal dans la maison. Je peux ainsi me targuer d’un problème de riche, c’est bien le seul. Clin d’œil ironique du destin : je sors à peine d’un travail — bien plus prosaïque — sur le sujet.
On bouclera l’inventaire de cet arrivage dans la prochaine chronique, qui sera beaucoup moins orientée. On respire, car l’on ne tient pas du tout à passer pour un spécialiste de quoi que ce soit, sauf peut-être du babillage sur blogue.

— Jean-François Vilar : C’est toujours les autres qui meurent — Edito service, 1982
— Pierre Siniac : Monsieur Cauchemar — Edito service, 1980
— William Irish : Lady fantôme — Edito service, 1984
— Robert Bloch : Un serpent au paradis — Edito service, 1982
— Tim Dorsey : Stingray shuffle — Rivages/noir, 2008
— Roger Simon : Le clown blanc — Rivages/noir, 1993
— David Le Breton : Éloge de la marche : Métailié, 2000

dimanche 21 avril 2019

Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués

Le Tenancier vous avait, l’été dernier, mis en copie un extrait de l’ouvrage de Jean-François Vilar, Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués. Puisque l’on ne peut s’acquitter aussi facilement d’un tel écrivain, voici la retranscription du roman en feuilleton radiophonique, avec le cortège de déceptions que recèle toujours une telle entreprise. En effet, rien n’est plus désagréable qu’une voix se substitue à celle de l’auteur, du moins à celle que l’on se figure lors d’une lecture. Quand bien même, l'évocation vaut la peine d'être écoutée. On vous recommande de toute façon tout Vilar et on tentera à l’avenir de retrouver encore de quoi vous appâter…

Épisode 1



Épisode 2
 

Épisode 3



On trouvera la notice de cette émission ici.

mercredi 29 août 2018

« Je n'ai jamais aimé la littérature policière,
ce qui m'intéresse c'est la littérature délinquante »

Puisque l’on a retenu l’attention de certains sur Jean-François Vilar, il est juste de signaler qu’un blog existe autour de son œuvre.

http://passagejfv.eklablog.com/
(cliquez sur l'image)


Il ne semble plus très actif, la faute sans doute à la bibliographie trop courte de l’auteur. On vous incite bien sûr à la visiter de fond en comble.
Et, pour le plaisir, quelques images animées de Jean-François Vilar ici :


Jean-François Vilar, 95% de réel
Film de Pierre-André Sauvageot
(extrait)

On aimerait pouvoir visionner le film en entier. On peut se reporter sur le site du réalisateur pour en savoir plus.

mardi 28 août 2018

Un peu avant la rue Cambronne

Il n’y avait que quelques pas à faire, je retrouvai le bouquiniste, un peu avant la rue Cambronne. Celui que Katz mentionnait dans son carnet. Une boutique modeste, étroite, avec des boîtes sur le trottoir. Quoi ? Des vieux polars, comme il convient, Série noire cartonnée, vieilles revues Ellery Queen, Mystère Mag. Un mystère, La Chouette. Des livres aussi de Calet, de Guérin. Des Huguenin, beaucoup de Céline, de Drieu. Tout un programme éclectique un peu trop proclamé. La vitrine était touchante. Son fond était un grand classement de tranches de livres, sur étagères. Plusieurs de ces tranches étaient manifestement truquées, des leurres permettant au libraire, de l’intérieur, de surveiller la devanture, la fauche éventuelle. Ce qui suffisait à classer le client comme pas bien franc du collier.
Je m’attardai un temps devant cette vitrine. S’y mêlaient agréablement des éditions rares de Cocteau et des accumulations de Paris-Hollywood, Péret et Vaché, Midi-Minuit première série, etc. J’entrai.
L’intérieur était un parfait capharnaüm. Sans logique apparente s’offraient des piles de Radar, de Match, des bandes dessinées : Cosmos, Big Boss, Blek, etc. Passons sur Cinémonde, Jeunesse Cinéma, Top. Il y avait ça et là des enseigne émaillées, Banania, Cadum, Kub, des Dinky Toys, des poupées Barbie et d’assez rares figurines Mokalux.
En d’autres temps, je me serais refait une mémoire débonnaire, avec quelques achats de base.
Ces bricoles amassées, je les connaissais bien, je les avais perdues dans des séparations, des divorces, des oublis purs et simples, des prêts négligents. Le solde avait été cambriolé.
L’entrée était libre, on ne se précipitait pas sur le client. Je pus fouiner tout à loisir tout en sentant une présence vigilante dans l’arrière-boutique, dont l’issue était planquée derrière un empilement de romans-photos vaguement érotiques. Le librairie fit enfin son apparition.
Un homme petit, sans âge, aux gestes furtifs. Il portait un béret crasseux, une longue blouse grise d’instituteur ou de magasinier, c’était caricatural jusqu’à provoquer le malaise. Blaise — j’eus instantanément la certitude qu’il s’agissait de lui — avait négligé de se raser depuis un jour ou deux. Sa barbe était blanche, tout à la fois drue et clairsemée. L’un de ses yeux était blanc, avec une paupière morte, à demi close. Une profonde cicatrice en étoile marquait le front, se prolongeait vers le haut du crâne. Blaise boitait.
Il donnait l’impression d’être cassé de partout, esquinté, mais obstinément solide, avec du défi anxieux dans son regard de borgne rescapé. Il se taisait.
Je continuai à fouiner. Manière de faire éprouvée. Histoire de gagner du temps. Je feuilletai assez longuement un numéro de Paris Magazine, revue légère d’avant-guerre, avec des photos de Kertész, Man Ray. Des photos de charme, comme on dit maintenant. L’œil du vieux était insupportable. Je me retournai. L’infirme n’avait pas bougé.
— Vous êtes Blaise.
Pas un de ses traits ne frémit. À peine la paupière se fit-elle plus lourde. Pure impression de ma part peut-être.
— Vous êtes Blaise. J’aimerais que vous me parliez d’Alfred Katz.
L’irruption fut immédiate, brutale, jaillie de l’arrière-boutique. Une pile de bouquins s’écroula dans la brusquerie du mouvement, parmi eux des numéros de Signal, le magazine illustré collaborationniste, pendant l’Occupation, d’autres de Je suis partout. L’homme s’interposa entre moi et Blaise. Haut de taille, blazer élégant. Un sportif hâlé, puant l’eau de toilette. Il se fabriqua un sourire, me prit fermement par l’épaule.
— Sortons, voulez-vous ?

Jean-François Vilar : Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués (1993)



(L'auteur confond tranche et dos. On lui pardonnera...)