| « Vous
écrivez et vous écrivez et personne, personne au
monde ne comprendra ni ce que vous voulez dire ni ce que vous avez
donné d’effort,
de sang, de sueur. Et à la fin vous direz : c’est comme si j’avais
ramé
toute ma vie dans un bateau, sur un fleuve immense, dans un brouillard
impénétrable…
Et vous ramerez et vous ramerez et jamais, jamais vous ne verrez un
poteau sur
les rives invisibles pour vous dire si vous montez le fleuve ou si le
courant
vous entraîne… Et vous connaîtrez la disette ; les nuits froides,
faute de
couvertures ; les viandes amères et le sommeil hanté de regrets.
Et vous
ne trouverez jamais, jamais pendant toute votre vie, une âme pour vous
dire si
vous êtes le plus grand génie du monde… ni non plus si vous êtes le
dernier, le
plus infect descendant de Ponson du Terrail… »
Joseph Conrad à Ford Madox Ford, cité par Claudine Lesage in : Joseph Conrad et le Continent (2003) |
lundi 20 juillet 2026
Où il est question de fleuve, d'écriture et de doute.
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