vendredi 10 avril 2026

Où le Tenancier a tout de même de la chance avec ses éditeurs. Le dernier en date est très bien, si si...

L’une des distractions goûtées par un auteur consiste à contempler un microcosme depuis sa table à un salon du livre. Je participais il y a peu en compagnie de l’éditeur de mon dernier ouvrage (Voyage d’un renégat, à Terres du Couchant) à une signature dans une de ces manifestations, au sein d’une salle de sport avec ses habituels traçages au sol, ses panneaux de basket et l’affichage de la marque qui se mettait à déconner de façon stridente par intermittence. Ainsi, je me trouvais tout de même en pays de connaissance puisque des personnes de mon coin se situaient juste en face et un peu plus loin dans la même allée que moi. De même, le plaisir partagé avec les deux auteurs et de notre éditeur à notre propre table valait la peine de s’être déplacé. Comme je suis peu habitué à ses manifestations, ayant un tempérament grégaire, pas de permis de conduire et habitant à dache, je n’avais pas pris en compte un phénomène qui semble récurrent : l’auteur en puissance qui cherche un éditeur. Le premier arrive sur le stand, ne regarde même pas les livres — enfin si : l’alignement des couvertures — ne calcule pas les personnes derrière la table quand il ne semble pas les considérer comme des salauds de concurrents, converse avec l’éditeur, lequel expose une affabilité à toute épreuve et nous quitte avec l’air de trouver que notre bite à un goût — pardon pour la crudité de l’expression, mais l’impression restait vive. Le second auteur, une auteure en l’occurrence, cherchait à faire publier « une expérience de vie » non sans se plaindre de l’édition en général, du moins de ce que j’ai saisi à la volée. Évidemment, l’éditeur ne publie pas ce genre d’absurdité… Tout de même, je me suis mis à estimer cet homme qui doit faire preuve de longanimité face à des personnes qui semblent penser que les éditeurs relèvent du service public. En plus, ses sandwichs n’étaient pas mauvais. Alors, songez-y, un éditeur qui nourrit ses auteurs et d’une humeur égale, vous ne croyez tout de même pas qu’on va le partager, hein ? Vous voulez que je vous dise, même ?
Eh ben, c’est même pas du fayotage, je l’aime bien, ce gars-là.


16 commentaires:

  1. Béatrice19:27

    Comme le Tenancier a dû se régaler.... Et nous à le lire !

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  2. Jules09:54

    Le Tenancier est un peu dur avec ces pôvs auteurs et auteures qui en sont réduits à faire le tapin (l'expression est pesée, je l'emploie aussi pour ma propre pratique, essayez voir de placer de la poésie salvadorienne, au hasard) pour dégotter un gars susceptible de donner vie à une oeuvre certainement dispensable.
    Ceci dit, z'auraient pu être polis avec les gars derrière la table, c'est incontestable.
    Voilà pourquoi, j'ai toujours pensé qu'il y a un certain masochisme à monter une maison d'édition. Rien qu'à imaginer les tapuscrits et autres fichiers qu'on y reçoit, ça doit donner des envies de s'exiler en Terre Adélie.

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    1. Anonyme12:12

      Vous avez raison, cher Jules.
      Seul bémol, si je puis me permettre : je parie que même en Terre Adélie, il y a Internet - et donc l'arrivée de tapuscrits chez les éditeurs pingouins...
      Quant à chercher à placer de la poésie salvadorienne en dehors des prisons du pays, cela me semble un beau raffinement dans le masochisme. Félicitations !

      Otto Naumme

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    2. Je ne suis pas particulièrement dur, mon cher Jules, mais j'aime bien les petites preuves de politesse et aucun des deux ne s'est rapproché des auteurs derrière la table. C'est une erreur. Si vous voulez savoir des choses sur un éditeur, il faut aussi interroger ses auteurs, surtout lorsqu'il s'agit d'une petite maison. De plus, nous étions trois (sans compter notre éditeur chéri) à pouvoir procurer des informations utiles. En général, contacter en direct une personne en puissance de vous publier suppose que vous avez glané des informations en amont ou que vous avez lu quelques uns de ses livres. Pour moi, et avec cet éditeur, j'ai lu le remarquable Horn d'Alain Emery, qui a tout de suite montré les critères d'exigence de cette maison. J'en ai lu d'autres et à part un texte que je trouve un peu en dessous, je n'ai eu que des satisfactions. D'ailleurs, lorsque, plus tard, je lui ai fait part de ma déception à propos dudit livre, son éditeur a montré son implication en le défendant avec les mots justes -- ce qui ne m'a pas fait changer d'avis, cela dit. Mais pour revenir à ce premier contact, dans un salon du livre (lui à un stand, moi à un autre), j'en suis passé par la l'étape de la lecture avant de dialoguer. "C'est la base", comme on dit. Comme il avait un peu de temps, il a lu un de mes textes et s'est montré intéressé aussi. C'est devenu une rencontre et non du "tapinage".
      Pour la poésie salvadorienne, le temps sont durs, à cause de la nouvelle école guatémaltèque. Bon courage !
      Pour la réceptions des tapuscrits, en, effet, ça donne le vertige. Cependant, un tri préalable s'opère assez vite. On arrive à savoir de quoi il retourne au bout de quelques pages. Déjà, on sait que "l'expérience de vie", eh bien, non merci, par exemple. Le plus dur reste de confectionner un refus argumenté. Comment faire à chaque manuscrit retoqué, devant l'avalanche ?

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    3. Anonyme15:46

      Cher Tenancier, vous excuserez par avance mes remarques de béotien en la matière, n'ayant rien publié ni cherché à publier (en ce qui concerne la fiction, j'ai toujours été dans la réalité qui, c'est bien connu, dépasse l'affliction).
      Mais il me semblait avoir entendu dire, je me trompe sans doute, que l'on envoyait un tapuscrit (ou même un manuscrit, dans d'obscurs anciens temps) accompagné d'une "intention" - que l'on pourrait appeler "résumé" ou "synopsys" au besoin, permettant de faire un premier tri -, ensuite que les éditeurs, effectivement submergés de propositions, avaient recours à la lettre de refus type, voire ne répondaient pas du tout. Après tout, cela n'aurait guère fait de différence avec ce qu'il se passe pour maints demandeurs d'emploi qui recoivent rarement de réponse à leurs offres de service.
      Quant à vos réflexions précédentes, elles sont frappées au coin du bon sens ! Pas toujours partagé. Dans mon humble domaine d'activité, j'ai trop vu de blanc-becs venir proposer leurs services sans avoir la moindre idée de quoi il retournait dans les offices où je sévissais. Une bien piètre entrée en matière, dans tous les cas de figure. Quant aux auteurs, ils ne peuvent être que de bon concours. Ce ne sont pas des "concurrents", mais des confrères. Et il faut avoir bien peu de confiance en ce que l'on fait pour se défier de ces-dits confrères. D'autant que, si vous vous retrouvez confronté, en tant que demandeur, à une brochette d'abrutis, cela peut déjà vous donner une bonne idée de là où vous souhaitez mettre les pieds...

      Otto Naumme

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    4. Mon cher Otto, je crois que la citation exacte est : « L'hilarité dépasse l'affliction » et provient des Rigolus et Tristus, issus de l'organe de propédeutique marxiste qu'était Pif Gadget. D'ailleurs — pardon pour l'aparté — je me demande si notre ami George n'a pas été nourri à cela... Voici un indice à creuser !
      Tout ce que vous décrivez au sujet de la « lettre d'intention » est vrai, surtout pour ce qui concerne les romans. Il tombe sous le sens que la nouvelle n'en a nul besoin, ce qui reste le domaine de prédilection de votre serviteur, raison pour laquelle je ne me rappelle pas en avoir rédigé.
      Il existe tout de même une différence entre la fiction et l'écriture journalistique, à mon sens : le journalisme obéit à des règles distinctes, que vous connaissez bien mieux que moi, même si elles sont bafouées par des organes peu scrupuleux. La fiction n'a pas besoin de s'embarrasser du compte-rendu (ou alors il faut aimer les « récits de vie ») puisque la matière de l'auteur appartient à l'imagination ( fiction = imagination — le rapport est devenu assez peu clair chez certains marchands de soupe et ceux qui la consomment). Je crois qu'il existe chez beaucoup le sentiment que, une fois le manuscrit terminé, la publication ne peut que suivre automatiquement et qu'arrive assez vite la frustration devant l'indifférence des éditeurs, même si elle peu se révéler très courtoise, d'où le ressentiment affiché à l'égard de ceux-là et vis-à-vis des auteurs publiés. Eh oui, on ne veut pas de toi parce que ta vie n'intéresse personne, parce que ton histoire originale a été écrite en 1930 avec un vocabulaire et un style plus riche, etc. Ces considérations peuvent nous emmener loin : de l'autoédition à la prise d'otage... On en recausera.

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  3. Jules16:23

    Arguments imparables.
    MAIS même en connaissant certains éditeurs, en ayant potassé leurs catalogues, en ayant causé avec des auteurs de l'écurie, etc., etc. il arrive certaine sensation de lassitude lorsqu'on se demande si, au fond, le gars a pris la peine d'ouvrir l'ouvrage.
    Même si on n'a jamais été assez bargeot pour espérer un refus argumenté à chaque fois.
    Quant à la poésie guatémaltèque (pas guaranie, connard d'écriture automatique !) y'en a de la vachement bien aussi.
    Allez, longue vie aux petits éditeurs sympathiques et aux salons rigolos (avec une pensée amicale pour Atxik ! Salon du livre et du vin de St Pée sur Nivelle tenu il y a une semaine).

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    1. Mais, dites-moi, Jules, il m'a l'air bien ce salon !

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    2. Anonyme10:35

      Effectivement, cher Tenancier, un salon du livre et du vin doit être fort sympathique !
      C'était bien moins formel, mais cela me rappelle un temps lointain, celui des premiers salons informatiques, où j'avais passé une journée "de reportage" sur le stand d'un petit éditeur de jeux vidéo qui avait, heureux homme, comme cousins un ostréiculteur et un vigneron. Dont il avait amené quelques productions sur son stand. Productions auxquelles nous avions passé l'après-midi à faire honneur - je ne crois pas avoir jamais regardé les jeux qu'éditait ce brave homme. Inutile de dire que le "reportage" m'amena son lot de félicitations au journal. Et que ce mélange des genres entre bonne chère et informatique fit long feu - pourtant un "Salon du micro et du vin", ça aurait eu de la gueule !

      Otto Naumme

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    3. Anonyme10:37

      Cher Jules, je vous rejoins tout à fait, longue vie aux salons rigolos (et aux petits éditeurs sympathiques aussi, évidemment) !
      Si vous en connaissez d'autres dans notre région commune, je serai ravi d'en prendre connaissance.

      Otto Naumme

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    4. Jules11:38

      Bon, j'ai pas tout dit. Le titre exact est "Salon du vin et de la littérature engagée" (c'est le engagée que je trouve un peu couillon). Mais ne boudons point : il n'y avait pratiquement que des éditeurs avenants, si j'excepte les deux momies marxistes-lénistes de Bilbao mais elles faisaient pas mal dans le cadre foutoir genre "maison du facteur Cheval version basque". Et on y trouvait de la dive bouteille. Ce qui me fait penser que les vignerons (et rennes, y'a de plus en plus de femmes dans la profession) sont souvent encore plus audacieux que les éditeurs. Osasuna !
      ps : Otto, c'est pas vraiment notre région commune car St Pée c'est entre Espelette et Ascain, tu vois ? Et faut qu'on s'en jette un prochainement.
      ps2 : Vous en connaissez beaucoup des lieux où on peut picoler du saké béarnais ?

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    5. Jules11:39

      vignerons et ronnes, connard de correcteur automatique !

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    6. Anonyme11:58

      Je vous rejoins, cher Jules, je préfère aussi "vin engagé".
      Pour ce qui est de Saint-Pée, oui, je sais bien que c'est un peu loin. Mais nous sommes toujours dans les mêmes contrées ou avez-vous pris le chemin de l'Euskadi ?
      Pour ce qui est de s'en jeter un, ce sera avec un immense plaisir ! À votre convenance !
      Quant au saké béarnais, je ne savais même pas que cela pouvait exister. Mais je suis curieux de découvrir la chose.

      PS : je connais des personnes, que je ne nommerai pas, adeptes de la correction automatique, mais c'est un autre sujet...

      Otto Naumme

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    7. Jules18:44

      Mon cher Otto, je suis toujours manqué à la même adresse. Du coup, vous connaissez mon mail, suffit de se rencarder. Santé !

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    8. Tiens, Jules, je rebondis là dessus : puisque vous êtes en relation avec Otto, pourquoi ne pas lui transmettre un billet sur Atxik à destination du présent blogue ? Béa qui semble proche de cette manifestation (à plus d'un titre) à des choses à dire là-dessus aussi. D'ailleurs, votre Tenancier rêverait que nous nous y retrouvions, histoire de trinquer...

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    9. Anonyme08:56

      Très bien, je vois cela avec ce cher Jules !
      Comme cette chère Béa, il fera un billet sur Atxik, je concluerai en en faisant un sur Ayayaie.

      Otto Naumme

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