Ceux
qui nous suivent au fils des années savent combien nous sommes attachés
viscéralement à la prose de Jacques Abeille. Le lundi 8 décembre 2014, l’auteur est
venu à la Maison de la Poésie à Paris faire la lecture d’un de ses textes, Mers perdues, accompagné par François
Schuiten pour les dessins projetés au mur et l’illustration musicale de Bruno
Letort. Nous avons été assez peu à assister à la séance et cela donne l’état de
la réputation médiatique de Jacques Abeille, sans que cela nous déçoive
grandement, après tout. Comme il l’explique lui-même dans un entretien accordé
à Article 11, un succès ferait sans
doute que son intégrité littéraire serait entamée. D’un autre côté, le
spectateur que je suis est fier de compter parmi les happy few, à suivre de
parution en parution le labeur patient que constitue un univers littéraire
tourné vers un paysage intérieur riche et profond. Cette profondeur, on la
retrouve aussi dans la voie chaude du scripteur dont la narration suit le
rythme caractéristique de son style. Il y a dans la scansion de Jacques Abeille
comme un curieuse stase, un moment d’étonnement comme au bord d’un basculement,
une empreinte dont on ne se défait pas, une parole hypnotique que l’on retrouve
hors même le champ de la fiction, au sein d’une conversation, menée il y a plus
de quinze ans et dont les émanations persistent encore dans la mémoire…
Prise de vue (avec les moyens du bord) : Élisabeth Haakman




