Nos lecteurs ont du talent, surtout
lorsqu’il s’agit d’un ami. Celui-ci, à la lecture du billet sur
l’achèvement provisoire (voir pas très loin du présent message), me
demandait à part : « Tu t’es aperçu à quel moment que tu avais utilisé
le mauvais temps ? » À cela, je réponds d’abord : « Bien trop tard »,
puisqu’il m’a fallu ensuite réécrire le roman en entier. Je m’en suis
rendu compte à la fin de la première version. Un sentiment diffus que
l’on se traînait dans ce récit où, il faut bien l’avouer, je démontre
encore une fois que je ne suis pas auteur épique. Donc, l’utilisation
du passé ne convenait pas, là où dans d’autres histoires l’usage de ce
temps ne posait aucun problème. J’ai fait état de mon incertitude
auprès de ma compagne qui, je le signale, est la spécialiste mondiale
d’Yves Letort, en lui lisant quelques passages, ce que je ne fais
jamais à ce niveau d’avancement (plutôt avec la version définitive). Le
verdict est tombé : la narration se révélait trop lente, peu dynamique,
etc. La suggestion de tout transférer au présent de l’indicatif
provient d’elle. La réécriture du premier chapitre m’a convaincu. Je
sais bien que certains auteurs de ma connaissance doutent du recours au
« gueuloir »… Dans le cas présent, il a tout de même permis
d’identifier le vice de forme. Ajoutons encore que cette réécriture
s’est révélée plus pénible que si j’avais opté pour le bon temps dès le
départ. Sans que cela paraisse évident au premier abord, toute la
vision du récit, la description de menus faits, l’action des
personnages s’en trouvent conditionnés. Bien entendu, exposant cela, on
ne craint pas d’enfoncer des portes ouvertes. Mais en matière
d’écriture, on tient à garder quelques naïvetés de manière à se
préserver de l’autosatisfaction.
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