vendredi 19 juin 2026

Le bon temps

Nos lecteurs ont du talent, surtout lorsqu’il s’agit d’un ami. Celui-ci, à la lecture du billet sur l’achèvement provisoire (voir pas très loin du présent message), me demandait à part : « Tu t’es aperçu à quel moment que tu avais utilisé le mauvais temps ? » À cela, je réponds d’abord : « Bien trop tard », puisqu’il m’a fallu ensuite réécrire le roman en entier. Je m’en suis rendu compte à la fin de la première version. Un sentiment diffus que l’on se traînait dans ce récit où, il faut bien l’avouer, je démontre encore une fois que je ne suis pas auteur épique. Donc, l’utilisation du passé ne convenait pas, là où dans d’autres histoires l’usage de ce temps ne posait aucun problème. J’ai fait état de mon incertitude auprès de ma compagne qui, je le signale, est la spécialiste mondiale d’Yves Letort, en lui lisant quelques passages, ce que je ne fais jamais à ce niveau d’avancement (plutôt avec la version définitive). Le verdict est tombé : la narration se révélait trop lente, peu dynamique, etc. La suggestion de tout transférer au présent de l’indicatif provient d’elle. La réécriture du premier chapitre m’a convaincu. Je sais bien que certains auteurs de ma connaissance doutent du recours au « gueuloir »… Dans le cas présent, il a tout de même permis d’identifier le vice de forme. Ajoutons encore que cette réécriture s’est révélée plus pénible que si j’avais opté pour le bon temps dès le départ. Sans que cela paraisse évident au premier abord, toute la vision du récit, la description de menus faits, l’action des personnages s’en trouvent conditionnés. Bien entendu, exposant cela, on ne craint pas d’enfoncer des portes ouvertes. Mais en matière d’écriture, on tient à garder quelques naïvetés de manière à se préserver de l’autosatisfaction.

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