mardi 10 octobre 2023

Réflexion sur l'écriture qui laisse le Tenancier rêveur devant l'évidence

« Le travail d'une bonne prose comporte trois niveaux : un niveau musical, dans lequel elle est composée ; un niveau architectonique, dans lequel elle est construite : enfin un niveau textile, dans lequel elle est tissée. »

Walter Benjamin : Rue à sens unique

(C'est donc pour cela que le Tenancier a souvent envie de tisser).

lundi 9 octobre 2023

Bibliographie commentée des Minilivres aux éditions Deleatur — 05



Olivier Laurendeau
L'explorateur au pays des dinosaures

Angers — Éditions Deleatur, 1995
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en octobre 1995 sur les presses de Deleatur pour le compte des explorateurs en culotte courte



Le Tenancier : Voici un jeune auteur de huit ans qui rejoint l’univers de Winsor McKay au moins par deux points :
— La présence d’un dinosaure, qui n’est pas Gertie, mais un ceratopsidae présentant des caractères juvéniles, fort bien dessiné par l’auteur ;
— Une fin de récit qui ressemble fort à Little Nemo !
Je dois dire qu’il se passe plus de choses dans ce récit en corps 14 (ou plus ?) que bien des récits d’aventures. Quelle fraîcheur…
 
Pierre Laurendeau : Quel plaisir de relire L’explorateur au pays des dinosaures ! Peut-être en corps 16 ! L’auteur, qui a maintenant 36 ans, s’est un peu éloigné de la littérature – du moins en tant qu’écrivain – ce que je regrette… À l’occasion de cette publication, une journée de dédicaces fut organisée au salon du livre de Paris (cuvée 1995, donc), sur le stand des Pays de la Loire où Le Polygraphe, la maison d’édition des parents du jeune auteur, avait un corner. Le succès fut à la hauteur des attentes ! Olivier avait mis au point une stratégie d’optimisation des dédicaces : il préparait texte et dessin pendant les temps morts, laissant la place pour le prénom du futur dédicataire. Cette année-là, mon beau-frère Alain Cotteverte gérait le stand de Larousse. Il réorientait systématiquement les passants vers le stand des Pays de la Loire, précisant : « C’est le plus jeune auteur du salon du livre ! »
Cette première expérience fut suivie, quelques années plus tard, par la création de La Raturière, un atelier éditorial autogéré par quatre copains d’école, avec comité de lecture, choix des textes, diffusion… Seule la mise en pages et l’impression étaient sous-traitées (tout d’abord à l’imprimante laser paternelle). Grâce à quelques livres sur le modèle de cette collection, ils constituèrent une trésorerie qui leur permit d’accéder à l’étape suivante : ils demandèrent un texte à Yak Rivais – à l’époque star de L’École des loisirs – qui leur concocta Deux enquêtes de Sherlock Holmes très drôles et très bien illustrées. L’impression fut confiée à Ivan Davy, un ami imprimeur. Les associés se partagèrent le façonnage, pour réduire les coûts. Au salon du livre de 1999, Yak vint dédicacer son livre sur le stand des Pays de la Loire : un véritable raz-de-marée de têtes blondes et brunes (je me souviens qu’un gamin lança l’alerte : « Là ! il y a Yak Rivais qui dédicace ! »). Les ventes du livre permirent à la jeune équipe de se lancer dans un projet encore plus ambitieux : un inédit d’un auteur inconnu, Laurent Devismes, qui leur avait adressé un texte très drôle, parfaitement en phase avec les préoccupations des jeunes collégiens qu’ils étaient devenus : Mon Dictionnaire. Un des quatre mousquetaires de la Raturière illustra l’ouvrage, dont toute la fabrication fut confiée à Ivan Davy, façonnage compris. Ils présentèrent le livre au salon jeunesse de Montreuil en novembre 2000. Il eut moins de succès que celui de Yak Rivais et cela, en plus des préoccupations de leur âge, sonna la fin de l’expérience… qui eut tout de même deux conséquences : aucun des quatre ne devint éditeur (ils avaient compris que c’était peu rémunérateur) ; leur amitié, au moins pour trois d’entre eux, est restée solide, ce qui nous vaut le plaisir de les voir régulièrement, et de voir grandir la génération suivante.


samedi 7 octobre 2023

jeudi 5 octobre 2023

Bibliographie commentée des Minilivres aux éditions Deleatur — 04


Pierre Laurendeau
La voie de la montagne

Angers — Éditions Deleatur, 1995
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en octobre 1995 sur les presses de Deleatur pour le compte de rares intiés



Le Tenancier : Voici un exposé curieux, à mi-chemin de ton amour de la montagne et de la littérature conjecturale, qui rappelle fortement le mythe de Shangri-la. La différence réside dans la localisation du lieu secret, éminemment exotique, en définitive. Il faut signaler l’incertitude qui règne autour des faits présentés, joli exemple de brouillage auquel le lecteur doit se laisser abandonner, pour son plaisir.
Ce titre-là est-il passé par un « comité de lecture », ou étais-tu sûr de ton propos ? Comment garder la distance lorsque l’on devient son propre éditeur ?
 
Pierre Laurendeau : Ouh la la ! que de questions… Tout d’abord, c’est un des rares textes liés à la montagne que j’ai signé de mon nom, et non « Pierre Charmoz ». Je l’ai écrit, je crois, en 1992 après la lecture d’un roman de Gustav Meyrink qui parlait de la fameuse voie de la dissolution du cadavre et de l’épée du taoïsme1. Le taoïsme a toujours été la religion du peuple chinois, opposée au confucianisme, religion des élites lettrées. Je ne suis adepte d’aucune religion ou secte à mystère, mais cette image m’a durablement marqué par son étrangeté. Par ailleurs, lors du traité de Paris de 1947, l’Italie s’est vue rabotée de quelques territoires : notamment les trois dernières communes du comté de Nice qui étaient restées italiennes et la vallée Étroite, une vallée magnifique qui est orographiquement, hydrologiquement, linguistiquement et culturellement italienne, mais qui est devenue administrativement française. Il n’y a certes pas d’habitants permanents, mais ça complique les relations administratives ! J’ai imaginé qu’une secte crypto-taoïste avait profité des accords de Paris pour décaler la géographie et rendre la vallée invisible pour s’y cacher. Les références au géographe Occey-Lawson sont imaginaires (comme le géographe lui-même), mais le texte mêle le faux et le vrai, un peu à la manière de Borges (en toute humilité !). La Voie de la montagne a été repris, il me semble, dans la très belle et éphémère revue Altitude, il y a une vingtaine d’années... Que le temps passe !
Quant au comité de lecture de Deleatur, voilà une question très embarrassante : j’en parlerai à MM. Pierre Charmoz, Hurl Barbe, Jules Veine et consorts.

1 Le Dominicain blanc

mercredi 4 octobre 2023

Une historiette de Béatrice

Deux enfants s'arrêtent sur le pas de la porte, sans entrer. La BD est visible depuis dehors.
« Tiens regarde le dessin là, vite, vite avant qu'elle n'arrive, celui avec écrit "Vive les femmes", Maman a dit que c'était vulgaire, c'est rigolo non ? Je l'ai vu hier en passant. »
Reiser, avec en couverture une dame mettant la main à la fesse d'un monsieur.

lundi 2 octobre 2023

Bibliographie commentée des Minilivres aux éditions Deleatur — 03


Anecdotes pour servir à l'Histoire secrète des Ebugors

Extrait

à Medoso, L'an de l'Ère des Ebugors, MMMCCCXXXIII
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en mars 1995 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques curieux



Le Tenancier : Cet extrait d’ouvrage explore un autre aspect de la collection : les mondes imaginaires et la littérature conjecturale, même sous la forme d’un récit cryptique et satirique, comme souvent dans les textes anciens du genre. En réalité, ces intérêts (humour, érotisme, conjecture… et la montagne dont on reparlera au prochain volume) dépassent le cadre de la collection, puisqu’on les retrouve dans tes écrits et tes éditions…
 
Pierre Laurendeau : Cher Tenancier, quelle pertinence dans l’analyse ! Je revendique l’éclectisme et la liberté de publier à ma fantaisie, n’étant point comme certains de mes confrères enfermé dans le cadre strict des ouvrages estampillés BCL (Bonne Critique Littéraire).
Au mitan des années 80, j’ai reçu une belle édition des Ebugors d’un correspondant toulousain, Patrick Oustric, qui était un admirateur inconditionnel du livre de Phil Frib, Loxéra Vroom Vroom, paru à l’enseigne de Deleatur en 1985. J’en profite pour le saluer ici !
Ce petit érotique crypté (Ebugors = bougres) met en scène les Omines (anagramme de « moines »), dont les plus sournois sont les Caginiens (Ignaciens ou jésuites), aussi fourbes que subtils. C’est assez drôle, et ça met à mal la gent des monastères, à une époque où ça pouvait coûter cher à son auteur. Si l’on en croit la couverture de l’édition originale, le livre fut publié en 3333 à Medoso (Sodome).

samedi 30 septembre 2023

Une historiette de Béatrice

Madame : Oh regarde cette photo de Maïakovski !
Monsieur : Hein ? C'est qui ?
Madame : Un poète russe
Monsieur : Dites, vous n'auriez pas des livres de Bob Denard svp ?
Madame : Hein ? C'est qui ?
Ca sentait fort le lendemain de rencontre de vacances.

jeudi 28 septembre 2023

Bibliographie commentée des Minilivres aux éditions Deleatur — 02


Jean de La Fontaine
Fables choisies

Angers — Éditions Deleatur, 1995
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en mars 1995 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques enfants sages.



Le Tenancier : Puisque nous parlons d’éclectisme, le deuxième volume paraît plus orthodoxe… Mais revenons à cette impression « sur le coin du bureau ». Je vois une antériorité à ce genre de fabrication, plus traditionnelle toutefois. Elle utilise également le pliage in-octavo des feuilles A4 (ou format correspondance à l’époque), entre autres : chez Guy Lévis Mano.
 
Pierre Laurendeau : Ah ! Tenancier ! tu essaies de m’enlever le bénéfice de la création ex nihilo de ma prodigieuse collection… Et tu as raison ! Outre GLM, citons l’ami Laucou (éditions du Fourneau, puis Fornax), avec qui j’avais coédité Famille Famine de Jacques Abeille, dans ce format (Christian s’était chargé de la conception graphique et de la fabrication). La différence avec mes prestigieux prédécesseurs : l’impression « à la demande » sur imprimante de bureau : pas de stocks (j’ai une petite réserve de dix exemplaires par titre) !
Concernant le volume 2 (choix de Fables de La Fontaine)… J’ai recyclé un leporello que j’avais réalisé pour le compte d’un éditeur de livres d’art – chaque fable était accompagnée d’une illustration quadri. Je n’ai conservé que les Fables, sans les illustrations !

mercredi 27 septembre 2023

Paf, dans ma bibliothèque !

On découvrira un peu plus Stéphane Mahieu dans une conversation avec Pierre Laurendeau que je vous réserve dans quelques billets. Rien de plus stimulant qu’une lecture pour en susciter une autre et amener à quelques interrogations. Que je m’explique : piqué par la relecture du Grand animal de Maastricht dans la collection des Minilivres, j’ai exploré la bibliographie de son auteur et découvert cet ouvrage dont le titre allèche et promet d’alimenter quelques réflexions. En effet, je poursuis depuis plusieurs années l’exploration d’un univers personnel autour du Fleuve, gigantesque territoire où la communication n’est pas obérée par les barrières linguistique. Pour autant, le recours à la facilité d’une lingua franca suscite une culpabilité, dans le sens où je suis pris en défaut d’imagination à ce sujet. La découverte de ce titre, rédigé par un membre du Collège de ‘Pataphysique, ne réparera pas la lacune puisque beaucoup de mes récits ont été publiés, mais pourrait devenir une ouverture pour la suite. Il devient nécessaire parfois d’alimenter l’imagination par le raisonnement et Le Phalanstère des langages excentriques semble un moyen de se renouveler. Au-delà de cette vision un peu utilitaire, ce que j’ai lu déjà de Stéphane Mahieu me promet un moment de plaisir littéraire…


Petit aparté : il faut collectionner les titres hors du commun, comme dans un cabinet de curiosités impalpable. Ainsi, Le Phalanstère des langages excentriques, gagnera une place de choix à côté du Sanatorium des malades du temps d’Éric Faye, autant de lieux improbables qui mériteraient de se retrouver aussi dans le Guide nulle part et d’ailleurs…


Rien de ce qu’entreprend Pierre Laurendeau ne peut laisser indifférent er le plaisir de découvrir dans ma boîte aux lettres le dernier ouvrage écrit et publié par lui au Club Samizdat, sa collection particulière, nanti de plus d’un envoi autographe signé, ne pouvait qu’accentuer mon plaisir. Décidément, Mercure favorise les coïncidences car, entreprenant de revenir sur les Minilivres qu’il publia 30 ans plus tôt, me penchant sur un de ses auteurs dont je fais l’acquisition plus haut, j’ignorais que Pierre avait publié ce petit ouvrage de nouvelles courtes (parfois une page) également, achevé d’imprimé en juillet. Il me manque plusieurs volumes de cette délicieuse collection, fort rare  parce que sa distribution est aléatoire et seulement dans quelques librairies. Sans être obsédé par la complétude, le défi risque d’être ardu qui va consister à les posséder tous. On évoquera ces volumes plus en détail un de ces jours. Je vais picorer avec toute la lenteur requise, sachant que ce type de nouvelle se savoure, surtout avec l’humour de Pierre. Cela fait un certain temps que je n’avais pas reçu un livre avec envoi. Ici, il s’agit de l’un de mes éditeurs, d’un confrère talentueux en écriture et d’une personne que j’estime à la hauteur de l’amitié.
C’est tout pour aujourd’hui. Maintenant, il va falloir trouver du temps pour lire ce qui s’accumule…

Stéphane Mahieu : Le phalanstère des langages excentriques — Ginkgo éditeur, 2005
Pierre Laurendeau : Le passager clandestin et autres histoires brèves — Club Samizdat, 2023

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