jeudi 7 décembre 2023

Bibliographie des Minilivres aux éditions Deleatur — 20


Jean-Pierre Brisset

Le Diable
Le Prêtre
EXTRAIT DES ORIGINES HUMAINES

Angers — Éditions Deleatur, 1995
Plaquette 7,5 X 10,5 cm, 16 pages, dos agrafé, couverture à rabats, pas de mention de tirage
Achevé d'imprimer en octobre 1995 sur les presses de Deleatur pour le compte de quelques êtres premiers ou derniers



Le Tenancier : Si l’on doit dégager une sorte de ligne éditoriale qui se forme et se dilue à mesure des publications de la collection, la succession de la nouvelle de Patrick Boman et à présent de l’extrait de Brisset nous oriente vers des préoccupations linguistiques. Se trompe-t-on en songeant à l’expression d’une pensée en évolution en même temps qu’elle édite des tiers ? En tout cas, la présence de cet « hétéroclite » de Brisset convient bien et amorce des liens avec d’autres auteurs à venir, comme Ernestine Chassebœuf, qui prend le relais de Jules Romains et bien d’autres littérateurs, dont toi, pour assurer sa pérennité.
 
Pierre Laurendeau : ô Tenancier, tes interrogations me contraignent à une introspection à laquelle je ne suis pas habitué. Ma pensée est certainement évolutive (je suis un darwinien), mais elle s’ancre à des références stables : surréalisme d’un côté, pataphysique de l’autre – et marxisme sur un troisième, voire montagne sur un quatrième !
Ma passion pour Brisset date de ma découverte, dans l’Anthologie de l’humour noir de Breton (j’ai déjà évoqué à quel point ce livre fut fondateur dans ma vie de lecteur, d’auteur et d’éditeur) d’extraits de l’œuvre brissettienne. C’était au début des années 70. Je m’étais ensuite précipité chez Marcel Béalu (tiens, un auteur que j’aurais aimé avoir dans la collection), qui tenait à l’époque sa librairie à Paris dans le quartier Saint-Michel, dans une ancienne boucherie il me semble – pour acheter l’édition Tchou de La Grammaire logique, suivi de La Science de Dieu, avec une préface de Michel Foucault. Béalu me parla d’enthousiasme de Brisset et je découvris à cette occasion ses nouvelles fantastiques, L’Araignée d’eau entre autres, que j’achetai également (en Poche Club, Belfond).
Retour à Brisset. Au début des années 80, je trouve à Angers chez un bouquiniste quatre éditions originales de Brisset (qui avait passé plusieurs années dans cette ville), que je m’empressai d’acheter. Un livre n’avait jamais été réédité : Les Origines humaines. Je prêtai l’édition originale à un ami éditeur, René Baudoin, qui le réédita ainsi que La Grammaire logique (« éditions », « éditeur », « réédita » : beaucoup de répétitions, M. Laurendeau !) sous une couverture discutable ! C’était avant que Marc Décimo s’attelle à l’édition des œuvres complètes de Brisset aux Presses du réel.
À l’époque, dans le cercle restreint des brissettiens, j’avais acquis une sorte de notoriété : on me consultait, on m’adressait des publications – je reçus la première thèse de médecine sur Brisset, de Philippe Cullard : Un paraphrène au XIXe siècle. Jean Pierre Brisset prince des penseurs, soutenue à Strasbourg en 1980.
Dans la collection des Minilivres, j’ai repris deux extraits : le premier, des Origines humaines, qui est celui-ci ; le deuxième – que l’on découvrira au numéro 30 – de La Grammaire logique ; j’en parlerai en temps voulu.
L’aventure de Brisset chez Deleatur se poursuivit, par Ernestine Chassebœuf interposée, par la publication du texte du spectacle de Bernard Froutin, Mots à Lier (montage de citations brissettiennes, créé en 2002), sous le titre Le Brisset sans peine. La 200e représentation de Mots à Lier a eu lieu à l’été 2022, à Champcella (mon village), dans une salle archicomble – 80 personnes ! J’ai repris Le Brisset sans peine en 2005, dans ma collection chez Ginkgo.
Ernestine Chassebœuf s’est démenée avec une bande de brissettophiles angevins (dont : Bernard Froutin, le psychiatre Jean Pallone…) pour que la Ville d’Angers donne un nom de rue au Prince des Penseurs. Elle avait lancé une pétition, à laquelle Julien Gracq avait répondu qu’il faudrait au moins pour cela débaptiser le boulevard Foch (l’artère centrale d’Angers). Au bout d’une dizaine d’années d’efforts, la municipalité (de droite, cette fois-là !) a accepté de nommer un étroit passage en l’honneur de Brisset.
Je ne dirai pas tout le mal que je pense de cette ville, il faudrait un épais ouvrage de récriminations, et ce n’est pas le lieu pour cela. Mais la frilosité des élus (de tous bords) est consternante : que ce soit pour Brisset, mondialement connu désormais ; pour Maurice Fourré, autre enfant du pays et immense écrivain, à qui un nom de rue fut refusé parce que son cousin, quincailler, en avait une ; ou, plus proche de nous, le groupe de musique à la carrière internationale LoJo ; ou le peintre Stani Nitkowski – sans oublier un certain Pierre Laurendeau.

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