dimanche 8 mars 2015

Un travail en cours...

En 1999 paraissait une nouvelle du Tenancier dans l’anthologie Futurs antérieurs, dirigée par Daniel Riche au Fleuve Noir. Cette histoire intitulée Une curiosité bibliophilique avait la particularité d’avoir été illustrée selon les indications de l’auteur, et non de façon séparée, de la même manière que procédaient Hetzel et Verne avec les illustrateurs des Voyages extraordinaires*. Cela tombait bien : Verne était un des personnage de l’histoire. Rendons grâce à l’infinie patience de l’illustrateur, Fabrice Le Minier, dont l’abnégation n’avait d’égale que les exigences mégalomaniaques du Tenancier. En attendant de republier un jour cette histoire et sa suite d’illustrations, voici quelques essais et brouillons retrouvés dans les archives et qui ne furent pas retenus ou qui furent considérablement remaniés.


On retrouvera la suite de ces illustrations de loin en loin sur le blog.
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* L'autonomie de Fabrice était tout de même un peu plus grande, tant pour le sujet que pour la composition...

Zif

Zif : Marchandise imaginaire. V. Solliceur.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

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samedi 7 mars 2015

Astérix et le temps des barils

Est-ce que vous vous souvenez des barils de lessive ? C’étaient des grands cylindres de cartons qui contenaient une quantité invraisemblable de poudre à laver, obturés par un couvercle en plastique. On récupérait le couvercle après usage, souvent pour jouer au frisbee. Ça ne marchait pas aussi bien que les vrais, d’ailleurs, et à moi ça me raclait l’intérieur du pouce droit, à cause des rebords un peu aigus, quand on le lançait. Mais c’était bien. Sinon, on utilisait le baril lui-même comme coffre à jouets, ou plutôt comme réservoir à saloperies en plastiques souvent cassées mais dont l’utilité était avérée dans notre imaginaire. On trouvait même dans certains canards pour mômes des conseils pour les décorer — je me demande après coup si je n’avais pas vu ça dans un Pif Gadget... Le baril de lessive était un élément de notre mômerie et il arrivait — merci Bonux — qu’on y trouve un gadget pas trop nul. Il m’est même arrivé d’y trouver un Astérix. J’étais très jeune, mais le souvenir est vif : c’était Astérix et Cléopâtre, avec ses coloris chaudement cuivrés, sa parodie de générique à grand spectacle sur la couverture que je prenais alors au sérieux, et ce nez, par Jupiter, ce nez… Est-il vrai, ce souvenir d’ailleurs ? C’est une chose tellement forte encore que j’y crois. Des Cléopâtre, on en a vu d’autres avant et depuis. Ma préférée est bien Claudette Colbert, tiens, lorsqu’elle émerge du tapis dans le film de 1934… Revenons à nos moutons : Claud… euh, Cléopâtre dans un baril de lessive, est-ce bien raisonnable ? On trouvait bien des médailles antiques dans les stations service, des livres de poche pour un plein (dont Verne, offert par les stations Total), des queues de tigre, des gloups, des figurines de chez Mokarex, du trivial en sachet, et du commémoratif en présentoir, un flot prodigieux et ininterrompu de merdouilles et de machin promotionnels dans les paquets, les barils, les cornets — et dans Pif Gadget, bien sûr. Ça côtoyait nos jouets ordinaires, les pistolets qui tiraient de minuscules billes en plastique rouge, les pistolets à fléchettes dont on enlevait l’embout et caoutchouc pour que ça aille plus loin (étonnant qu'il n'y ait pas eu d’œil crevé dans l'affaire !), les minus (et vous, vous avez aussi « tiqué les minus » ?), les fusées à pétard, les Globos et les Malabars. Il y avait des moments de grâce comme cet Astérix dans le baril de lessive. Je suis sûr qu’on peut vérifier sur le net si c’est avéré. Je m’en fous, après tout. Je me souviens de cette lecture-là, je m’en souviens !
Quand je lisais Astérix et Cléopâtre, ça sentait la lessive…

Yearling

Yearling : Poulain d'un an. (Parent.) Angl.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

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vendredi 6 mars 2015

10/18 — Marie-Cécile et Edmond Ortigues : Œdipe africain



Marie-Cécile et Edmond Ortigues
Œdipe africainNouvelle édition revue et corrigée par les auteurs
(Plon)

n°746
Volume quadruple

448 p, les dix dernières pages occupées par la Liste alphabétique du Catalogue 10/18.
1974
Achevé d'imprimer le 2 avril 1976 sur les presses de Danel-S.C.I.A. La Chapelle d'Armentières
N° d'édition 541, 1er trimestre 1973 - Dépôt légal n° 7982, 1er trimestre 1973

Couverture de Pierre Bernard, photo DR

4e de couv. :
« Les maladies mentales ont été longtemps considérées comme l'effet d'une possession par les esprits et d'un envoûtement. Toute religion se présente comme un remède à la folie des hommes. Toutes les religions ont eu leurs guérisons miraculeuses ou magiques, leurs thérapies rituelles. Le rite fonde l'autorité d'un droit coutumier en même temps qu'il protège contre les puissances persécutives du destin, inscrivant ainsi dans le corps le rapport de l'homme à la loi.
Ce fait, qui fut universel dans toute l'antiquité, peut-il nous aider à comprendre la nature de la religion ? Par quels processus la guérison rituelle parvient-elle à déplacer les symptômes en fixant l'individu à une communauté hors de laquelle il n'y aura plus de salut pour lui ? Si la religion est le moyen traditionnel que l'humanité avait trouvé pour se défendre contre la psychose ? Si psychose et névrose sont des troubles de la fonction symbolique, ne pourrait-on voir en cette dernière un double rapport de symbiose et de communication qui instaure les conditions minima d'existence d'une personnalité humaine ? L'existence d'une structure anthropologique minimale est l'hypothèse de ce livre. »

TABLE DES MATIERES :

CHAPITRE I - QUESTIONS MÉTHODOLOGIQUES
1. La population des consultants
2. L'entretien avec les parents
3. L'entretien avec l'enfant

CHAPITRE II - DONNÉES CLINIQUES : MODALITÉS DES POSITIONS ŒDIPIENNES
1. Le phallus collectif
2. L'ancêtre inégalable
3. Le drame de dépasser les frères

CHAPITRE III - LA NOMINATION DES GÉNIES ET LA PLACE DU PÈRE
1. Les rites de possession
2. La psychothérapie d'un enfant sérèr
3. Entretiens avec un psychotique

CHAPITRE IV - LES INTERPRÉTATIONS PERSÉCUTIVES
1. La sorcellerie
2. Le maraboutage
3. Conclusion

CHAPITRE V - LES REPÈRES CULTURELS DANS L'ANALYSE DES DÉLIRES
1. Les bouffées délirantes en psychiatrie africaine
2. Deux cas cliniques : essai d'une méthode d'analyse

CHAPITRE VI - LE PROBLÈME THÉORIQUE DU COMPLEXE D’ŒDIPE
1. Examens des concepts théoriques
2. L'interdiction de l'inceste et le culte des morts

Annexe I - Note sur les ethnies Wolof, Lebou, Serer
Carte du Sénégal
Annexe II - Un rite pour les succubes
Ouvrages consultés
Travaux des auteurs (1966)
Lexique
Index des matières
Index des cas étudiés

(Contribution de Grégory Haleux)
Index

Wallace

Wallace : Eau des fontaines publiques données généreusement par sir Richard Wallace à la ville de Paris.
Comme ils adorent boire à la fraîche, à la glace,
Il s'ingurgitent du wallace.
(Richepin.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

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jeudi 5 mars 2015

Beaux poches et poches momoches

Il arrive que, lorsque l'on fait l'acquisition d'une bibliothèque, la profusion des ouvrages ne permet pas de discerner correctement des opuscules ou des productions marginales. Il se trouve également que l’œil, habitué à certaines récurrences de formes exerce une sorte de dissonance cognitive vis à vis de formats exotiques, ou en-dehors du brouet ordinaire des imprimés contemporains à large diffusion. Il arrive encore que, tout simplement, l'on arrive point à concevoir qu'un livre d'une collection de poche puisse être soigné au point de devenir un objet bibliophilique.
Certes, la bibliophilie s'exerce dans les recoins des pauquettes (1). Exemple : La Chandelle Verte, de Jarry, est l'édition originale collective de divers articles. Le poche est momoche (s'cusez : je me désaltère d'allitérations) et n'a pas vraiment d'attraits à part sa particularité éditoriale, perceptible seulement par les amateurs de 'Pataphysique, de Jarry et par le libraire qui veut sortir sa science. On le voit, peu de monde, donc, surtout dans la dernière catégorie...
Et on le constate accessoirement : pour la modestie, je ne crains personne.
Mais la bibliophilie, c'est aussi et d'abord l'émotion. C'est le contact charnel avec le livre. Bien sûr, la sensualité du toucher du livre ne saurait se comparer à celle de la soie, quoiqu'il y ait autant de prétextes à l'érotisme dans le livre que dans les étoffes...
Donc...
Il y peu, j'ai fait l'acquisition d'une assez importante quantité de livres : romantiques, post-romantiques, poésie, philosophie, théâtre, etc. Tout ceci fut emballé et stocké et est ressorti au fur et à mesure du catalogage des ouvrages. Opération relativement lente car nombre de ces articles méritent une vérification, un "recollement", pour parler en bibliothécaire. Ainsi, ces ouvrages ne sont véritablement découverts que lors de l'ouverture des cartons. C'est un moment particulièrement plaisant, une chose dont je ne me lasse jamais depuis trente ans que je fais ce métier. Il faut alors regarder de plus près les ouvrages, trier le bon grain (pour le whisky single malt) et la patate à vodka russe. Dans le cas présent, nous sommes dans de jolis lots, promettant quelques ivresses...
Hier, j'ai ouvert un de ces cartons et j'y ai découvert trois ouvrages de poche en langue anglaise publiés récemment. Soudainement, j'ai eu envie de posséder ces livres. Pure coincidence, au premier abord, que les auteurs soient intéressants. Ce qui m'a impressionné, c'était le soin apporté à l'élaboration des couvertures : papier à grain, ni ciré, ni pelliculé, gaufré pour faire ressortir le décor ou les éléments typographiques (2).


Ainsi, le triple et le double filet qui encadrent le titre du Hazlitt sont légèrement creusés, chaque lettre bénéficie du même traitement. Là ou l'édition commune et sans imagination nous collerait une énième reproduction d'une toile, les maquettistes ont choisi la sobriété d'une présentation typographique que je trouve pour ma part extrêmement harmonieuse et évocatrice !


Et que dire du Ruskin, dont les entrelacs de ce rouge si caractéristique constituent un rappel efficace de la période Préraphaëlite, de ces revues comme The Yellow Book où l'on découvrait les dessins de Beardsley.


Si le Thorstein Veblen semble un peu en décalage avec sa couverture, il demeure tout de même attrayant. Le manque d'appréciation en incombe à ma méconnaissance de cet auteur.
Le papier intérieur est correct, l'impression est "Set in Monotype Dante"- typographie agréable pour des essais un peu anciens, bien que ces caractères ne furent crées qu'en 1950.
Et tout ceci, Messieurs-Dames, se trouve dans une collection de poche, oui oui ! En somme "l'émotion bibliophilique" peut également se ressentir sur ce type d'ouvrage, parce que l'on ne trouve qu'exceptionnellement ce genre de soin apporté à une production importante. Certes, la collection Penguin Books — Great Ideas ne doit pas être une collection de best sellers. Il n'en demeure pas moins qu'un éditeur de grande diffusion a choisi un classicisme paradoxalement audacieux car en désaccord avec la vulgate qui est apparemment en vigueur dans les sections marketing et "artistiques" de nombre d'éditeurs de livres de poche.
Il est des courages payants.
Celui de faire des beaux livres - même en poche - en fait partie.


(1) - A ne pas confondre avec les "Poquettes volantes" qui est une collection de l'éditeur Daily Bull.
(2) - On excusera d'ailleurs l'aspect tremblé de la couverture de l'ouvrage de Hazlitt, le scanner a également enregistré ce gaufrage. Le photographe n'avait donc pas picolé pour cette fois.


Billet originellement paru en septembre 2008 sur le blog Feuilles d'automne.

Vache et le veau

Vache et le veau (Prendre la) : Épouser une fille enceinte. — La faire épouser, c'est donner la vache et le veau. — Animalisme. « Un beau jour, la mère s'aperçut qu'elle estoit grosse..., elle ne fut pas mal habile  ; elle trouva à qui donner la vache et le veau. » (T. des Réaux.)


Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881



Vache
Avoir la vache et le veau : épouser une femme ayant déjà un enfant

Marie-François Le Pennec : Petit glossaire du langage érotique aux XVIIe et XVIIIe siècles (1979)

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Dos, tranches et plats

Votre Tenancier a de nouveau été confronté à une erreur courante chez nombre de personnes, confusion qui touche également quelques professionnels du livre — enfin presque exclusivement dans le secteur du livre neuf pour être plus précis. Le sujet avait déjà été évoqué il y a des années dans les colonnes de notre blog précédent. Ainsi, pour une description, il est parfois important de se repérer et avoir un langage commun. Or, il est encore courant d’entendre parler d’un dos alors qu’il s’agit d’un 2e plat de couverture, d’une tranche au lieu d’un dos, etc. Tant il est vrai qu’une erreur de ce genre n’empêchera jamais quiconque de prendre plaisir à la lecture d’un livre en papier, il est toutefois fâcheux que cela soit transmis en toute bonne conscience. Voici donc une illustration qui permettra, on l’espère, de se repérer. C’est volontairement, que l’on se limite à trois notions. Le curieux qui voudrait aller plus avant n’a désormais que l’embarras du choix pour trouver un glossaire des termes techniques du livre…
On a pris comme modèle le Dictionnaire d’argot de Lorédan Larchey, dont vous êtes coutumiers ici… 




La logique opère au moins pour une des appellations, à savoir la tranche. Tout le monde a au moins lu une fois l’expression « tranche dorée » ou « dorée sur tranche ». On conviendra qu’un tel ouvrage serait assez kitsch dans une bibliothèque si sa partie visible ressemblait à la déco d’un oligarque pétrolier. En réalité la tranche est la partie que l’on massicote pour égaliser les pages. On les tranche, d’où le mot, et on les recouvre parfois, en bibliophilie, d’une couche dorée ou d’une décoration jaspée ou granitée afin de préserver les pages de la poussière. En général, la dorure s’applique sur la tranche supérieur (de tête) mais rien n’interdit qu’elle s’étende au deux autres car, oui, il y a trois tranches dans un livre. Si la tranche n’est pas ce que l’on croit, le dos n’est pas ce que l’on appelle aussi la « 4e de couverture » — appellation vraisemblablement héritée de la presse — ou 2e plat de couverture. Le dos est donc la partie visible du livre une fois serré dans un rayonnage. Donc le dos ne comporte ni résumé, ni biographie succincte de l’auteur. Tout au plus y trouvera-t-on les informations essentielles que sont le titre, le nom de l’auteur et l’éditeur. Dans les reliures, on y trouvera à la place une petite vignette assez souvent en cuir appelée pièce de titre, comme sur cette illustration.
On pourrait éventuellement penser que ces informations sont inutiles pour celui qui ne s’intéresse qu’au texte. On donnerait éventuellement raison à ces personnes si nous ne nous souvenions pas que par le passé et même encore à l’heure actuelle la forme et la composition d’un livre peu conditionner son contenu. Que le néophyte ou le désinvolte suspende son indifférence et jette un coup d’œil dans certains catalogues, il verra que l’enchantement d’un livre se prolonge parfois dans sa matérialité…

Ulster

Ulster : « Il renfonça sa tête dans le collet relevé de son immense pardessus gris à la Mentschihoff, — ce que nous appelons à Paris un ulster. » (Figaro, 76.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)