samedi 20 juin 2026

Fermeture provisoire, ou Comment tout cramer avant de cramer soi-même

Le Tenancier observe une pause de quelques jours. La raison ne tient pas à des obligations liées à l’écriture, situation dont on vous a averti qu’elle se répéterait de temps à autre. La cause se révèle indépendante de sa volonté, à savoir la chaleur intense qui va régner dans son bureau au cours des prochains jours. Le Tenancier en profite pour souhaiter aux climato-sceptiques et aux cyniques qui ont aidé à nous foutre dans cette situation d’aller s’enduire leur couenne d’huile à pizza et d’aller carboniser à poil sur un parking de supermarché.
Oui, c’est vrai, le châtiment est longuet, mais il possède quelques aspects sadiques qui nous contentent. Hydratons-nous et veillons sur les plus faibles. On se retrouve plus tard, afin de griller le cul à qui de droit et mettre un terme à ce monde-là.

vendredi 19 juin 2026

Le bon temps

Nos lecteurs ont du talent, surtout lorsqu’il s’agit d’un ami. Celui-ci, à la lecture du billet sur l’achèvement provisoire (voir pas très loin du présent message), me demandait à part : « Tu t’es aperçu à quel moment que tu avais utilisé le mauvais temps ? » À cela, je réponds d’abord : « Bien trop tard », puisqu’il m’a fallu ensuite réécrire le roman en entier. Je m’en suis rendu compte à la fin de la première version. Un sentiment diffus que l’on se traînait dans ce récit où, il faut bien l’avouer, je démontre encore une fois que je ne suis pas auteur épique. Donc, l’utilisation du passé ne convenait pas, là où dans d’autres histoires l’usage de ce temps ne posait aucun problème. J’ai fait état de mon incertitude auprès de ma compagne qui, je le signale, est la spécialiste mondiale d’Yves Letort, en lui lisant quelques passages, ce que je ne fais jamais à ce niveau d’avancement (plutôt avec la version définitive). Le verdict est tombé : la narration se révélait trop lente, peu dynamique, etc. La suggestion de tout transférer au présent de l’indicatif provient d’elle. La réécriture du premier chapitre m’a convaincu. Je sais bien que certains auteurs de ma connaissance doutent du recours au « gueuloir »… Dans le cas présent, il a tout de même permis d’identifier le vice de forme. Ajoutons encore que cette réécriture s’est révélée plus pénible que si j’avais opté pour le bon temps dès le départ. Sans que cela paraisse évident au premier abord, toute la vision du récit, la description de menus faits, l’action des personnages s’en trouvent conditionnés. Bien entendu, exposant cela, on ne craint pas d’enfoncer des portes ouvertes. Mais en matière d’écriture, on tient à garder quelques naïvetés de manière à se préserver de l’autosatisfaction.

mercredi 17 juin 2026

Achèvement provisoire

Votre Tenancier, il y a à peine une heure, vient d’achever la deuxième version d’un roman qui, s’il est publié un jour sera le quatrième qu’il aura mené à bout. Il ne possède pas de roman retoqué ou avorté dans ses tiroirs et croyez bien qu’il mesure sa chance à ce propos. Ici, cette deuxième mouture est anormale. Voyez comme il procède : le premier jet consiste à raconter une histoire au clavier, le deuxième à l’écrire à la main et le troisième à tout recopier au propre de nouveau sur un traitement de texte. Or, pour ce cas, le deuxième n’est pas manuscrit, pour une raison simple, on s’est complètement planté sur le temps à utiliser pour ce récit. Dans la perspective d’une révision, impossible de changer le verbe concerné, il faut tout reconsidérer dans son ensemble et reformuler les phrases. On aura donc au bout du compte quatre versions dont la dernière ne sera pas non plus définitive, mais qui s’approchera un peu plus de ce que l’on espère. Il faudra ensuite en passer par les révisions et les relectures.
Le roman est court, du calibre dont on a l’habitude. Après avoir établi un plan sommaire qui ne sera de toute façon pas respecté, on s’embarque chaque fois pour des séances de deux mois de rédaction, multipliées par autant de réécritures. Dans ce cas, on escompte une durée totale de huit mois avec des journées de quatre heures de travail, espacé par des périodes de « jachère », utiles pour réfléchir sur ce qui a été effectué. En somme, nous ne nous trouvons pas éloignés d’une année pleine pour la conception de ce roman, considérant que la bévue initiale a coûté du temps, mais s’est révélée aussi source d’enseignements (sinon à quoi sert-il de faire des erreurs ?)
Ce roman-là appartient au cycle du Fleuve et il s’en éloigne également par la volonté de ne pas retomber dans le même style de récit lié à cet univers. Est-ce une erreur ? L’entreprise, dès le départ, a été conçue comme une rupture. On s’en voudrait d’écrire toujours la même chose, même si le soupçon reste qu’en effet, on se répète un peu en espérant que ce soit seulement en mode mineur…
Arrivent sous peu les périodes de canicule et l’arrêt forcé des machines dans le bureau, qui se transforme en un lieu difficilement tenable. Bientôt, l’écriture deviendra un Voyage d’hiver, de gré ou de force.

lundi 15 juin 2026

Une historiette de Béatrice

« Hi hi hi, tu as vu ? C'est gratuit ? Des livres offerts ? Attends, tu vas voir hi hi hi » Et la pintade qui s'en va avec LE PANIER.
Pas très loin, elle a été.
C'est une grande journée.

dimanche 14 juin 2026

C'que c'est beau, l'amour !

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !
Alphonse Allais : Complainte amoureuse

jeudi 11 juin 2026

Brimborions et coquecigrues

Et zou, annonçons la parution du petit dernier de chez Letort. Onze nouvelles (courtes, il est vrai) pour 2€ à commander (avec d'autres petits bouquins, ne soyez pas radins) sur le site de Deleatur !

mercredi 10 juin 2026

Oui, bon...

Allons, allons ! Votre Tenancier n’était pas aux fraises, mais a été pris par quelques activités qui ont cessé de devenir  annexes à un moment donné. C’est comme ça, c’est la vie, on est faible et on se laisse entraîner. Il va revenir aux affaires, quitte à ce qu’elles demeurent sporadiques.

mercredi 22 avril 2026

Une historiette de Béatrice

— Tiens, poésie en basque ça se dit olerti ?
— Oui madame.
— Tiens, le mot existe donc en basque !
(affichage bilingue dans la boutique)

mardi 21 avril 2026

Il est temps de renvoyer des manuscrits !

Vincent Bolloré assure que « Grasset continuera » avec « de nouveaux auteurs » pour remplacer les départs.
(La presse, avril 2026)

La revanche des ratés
Au début de l’occupation une foule de ratés surgit, qui se précipita vers les bottes de l’occupant afin de les lécher. Pour rédiger, des leaders vengeurs sur la « judéo-maçonnerie », on vit sortir de leur retraite des hommes oubliés depuis vingt ans, tels que Jean Drault — auteur du Soldat Chapuzot au environ de 1896 — Lucien Penjean ou le feuilletoniste Jean de La Hire. Le plus obscur rédacteur de la feuille antisémite confidentielle d’avant-guerre s’empara d’un fauteuil directorial.
Aujourd’hui nous voyons déferler deux nouvelles vagues de ratés. Les uns déclarent : « J’étais à la barricade de la Montagne-Saint-Geneviève, placez mon papier en première page ! » Les autres : « Il faut que je me rattrape, car je n’ai collaboré à aucun journal pendant l’occupation, moi ! »
Pour certains de ces derniers, ce n’est pas faute d’avoir tiré des pieds de biche ni mariné dans les antichambres. Ils se font un titre de gloire d’une abstention parfaitement involontaire.
(Mai 1945)
Jean Galtier-Boissière : Mon journal depuis la libération (1945), p.261.

(Didier, habitué de ce blogue, me signale l'obscurité de la deuxième phrase « Pour rédiger, des leaders vengeurs [...] » et me suggère « Pour rédiger des libelles vengeurs... » ce qui semble plus cohérent, bien que, après vérification, il n'y avait pas d'erreur à la recopie de ce passage...)

lundi 20 avril 2026

Ma vie est un décrochage régional de Fr3

Un gimmick me fait sourire, à propos de reportages sur un écrivain ou un quelconque pondeur de rapport : on le filme tout le temps à lire son bouquin, comme s’il était en train de le découvrir au quotidien avec une voix off « Nous avons trouvé Jean-François Tartempion chez lui, pour nous parler de son dernier livre ». Vous imaginez, vous, un type qui a écrit un texte pendant des mois, qui s’est emmerdé à trouver le mot juste, l’expression ad hoc se pencher de nouveau dans son bouquin, comme s’il était tout seul, avec l’air concentré ? Qui peut croire que c’est crédible ? En tout cas, ça n’effleure pas les journalistes de la téloche qui nous servent à chaque fois la même image et qui tentent de convaincre le pauvre écrivain de paraître focalisé sur un truc qu’il connaît jusqu’à l’écœurement...

dimanche 19 avril 2026

Une historiette de Béatrice

Il regarde les livres offerts du panier à l’extérieur, tanguant mais debout, une bouteille de whisky à la main. « Vous auriez quelque chose à me conseiller, j’aime bien les trucs qui cultivent, je ne peux pas choisir, vous voyez ».
Je vois bien, mon gars.

jeudi 16 avril 2026

Une annonce du Tenancier

Je tiens à signaler que je n’ai pas quitté Grasset.
Parce que je n’y suis pas rentré.
Parce que je n’ai même pas essayé.
Parce que j’en ai rien à foutre de ces bourges.
(Il est vrai aussi que mon avis n'a aucune importance.)

mardi 14 avril 2026

Il n'est jamais trop tard pour s'expliquer des choses...

Le Tenancier est un vieux et cette qualité encore récente (du moins, il veut le croire) l’autorise à pratiquer des petites manies telle la consultation des dictionnaires, de préférence spécialisés afin de mesurer l’étendue de ses ignorances, état qu’il applique au pluriel, bien entendu. En ce moment, un ouvrage retient son attention, il s’agit du Dictionnaire de linguistique de Georges Mounin (édition de 1974), acquis lors de son activité de libraire. Quel délice, cet ouvrage ! Certes on doit être pervers ou bien vieux pour le savourer, on le conçoit bien. Ainsi, à cette occasion, on est tombé sur le mot Pseudo-agrammatisme, dont voici la définition :
Pseudo-agrammatisme : Patho. — Trouble de la morphologie et de la syntaxe résultant d’un déficit intellectuel. Ce terme sert à opposer les anomalies du langage d’un aphasique et celles d’un imbécile, par exemple, chez qui il n’y pas à proprement parler de trouble du langage (l’on peut supposer qu’il y a expression adéquate d’une pensée déficiente).
On entendra « morphologie » sous son acception linguistique et « imbécillité » par son paradigme clinique…
Là, tout à coup, on s’explique la qualité des commentaires dans certains réseaux sociaux et un peu la cause de l’émergence de l’Idiot du village planétaire, souvent fasciste…
Décidément, rien ne vaut les vieux dictionnaires pour apprendre le monde.

dimanche 12 avril 2026

Où Letort fiche sa dem'

 Il faut bien dire qu'on l'avait cherché, sur ce coup-là...
(On peut cliquer sur le texte pour mieux voir)



samedi 11 avril 2026

Une historiette de Béatrice

Madame :
Bonjour, est-ce que vous avez des livres sur l'histoire de Bayonne ?... Ah mais non, ça ne va pas du tout, il n'y a pas d'images. Je cherche des livres avec des images.
Monsieur, en même temps :
Est-ce que vous faites des petits prix ici ?

vendredi 10 avril 2026

Où le Tenancier a tout de même de la chance avec ses éditeurs. Le dernier en date est très bien, si si...

L’une des distractions goûtées par un auteur consiste à contempler un microcosme depuis sa table à un salon du livre. Je participais il y a peu en compagnie de l’éditeur de mon dernier ouvrage (Voyage d’un renégat, à Terres du Couchant) à une signature dans une de ces manifestations, au sein d’une salle de sport avec ses habituels traçages au sol, ses panneaux de basket et l’affichage de la marque qui se mettait à déconner de façon stridente par intermittence. Ainsi, je me trouvais tout de même en pays de connaissance puisque des personnes de mon coin se situaient juste en face et un peu plus loin dans la même allée que moi. De même, le plaisir partagé avec les deux auteurs et de notre éditeur à notre propre table valait la peine de s’être déplacé. Comme je suis peu habitué à ses manifestations, ayant un tempérament grégaire, pas de permis de conduire et habitant à dache, je n’avais pas pris en compte un phénomène qui semble récurrent : l’auteur en puissance qui cherche un éditeur. Le premier arrive sur le stand, ne regarde même pas les livres — enfin si : l’alignement des couvertures — ne calcule pas les personnes derrière la table quand il ne semble pas les considérer comme des salauds de concurrents, converse avec l’éditeur, lequel expose une affabilité à toute épreuve et nous quitte avec l’air de trouver que notre bite à un goût — pardon pour la crudité de l’expression, mais l’impression restait vive. Le second auteur, une auteure en l’occurrence, cherchait à faire publier « une expérience de vie » non sans se plaindre de l’édition en général, du moins de ce que j’ai saisi à la volée. Évidemment, l’éditeur ne publie pas ce genre d’absurdité… Tout de même, je me suis mis à estimer cet homme qui doit faire preuve de longanimité face à des personnes qui semblent penser que les éditeurs relèvent du service public. En plus, ses sandwichs n’étaient pas mauvais. Alors, songez-y, un éditeur qui nourrit ses auteurs et d’une humeur égale, vous ne croyez tout de même pas qu’on va le partager, hein ? Vous voulez que je vous dise, même ?
Eh ben, c’est même pas du fayotage, je l’aime bien, ce gars-là.


jeudi 9 avril 2026

Les divertissements d'un auteur

Certains parmi les lecteurs d’ici, savent que votre Tenancier fabrique de temps à autre quelques brochures. Après les avoir mentionnés en partie sur son site d’auteur, il a décidé de confectionner un petit machin à part qu’il alimentera quand cela lui chantera, presque au hasard (mais une fois cités en tête de liste, les titres retrouveront l’ordre chronologique d’édition). On dénombre presque une quarantaine de ces opuscules, produits par le Tenancier depuis 2003. Il reste donc du travail à accomplir pour compléter ce catalogue, ce à quoi nous nous appliquerons à la paresseuse…
En attendant, vous pouvez (re)découvrir les premières entrées ici.